Raid à ski au SVALBARD du 14 au 29 avril 2007

(Voir infos pratiques sur ce voyage).

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Samedi 14 avril 2007

Le vol Oslo-Longyearbyen arrive au-dessus du Svalbard avec deux heures de retard, à 22h au lieu de 20h. Qu'à cela ne tienne, l'approche en est d'autant plus belle avec la lumière rasante du soleil qui déjà ne se couche plus en cette saison sur cette terre parmis les plus au nord du monde. La navette de l'aéroport dépose les protagonistes, des visiteurs comme nous principalement, à leurs hotels respectifs. Nous trois débarquons au Gjestehuset 102. Nous avons une chambre de 4 personnes où est déjà installé un ingénieur norvégien venu rejoindre une équipe scientifique qui étudie la banquise. Il est sympa mais un peu surpris car on lui avait dit qu'il serait avec 3 Français, et non des Françaises.

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Coucou c'est nous ! Isabelle, Brigitte, Annie

On nous propose de rentrer les pulkas à la cave, sous la maison. Elle est fermée avec un cadenas qui s'ouvre avec la clé de la chambre, avouez que c'est pratique. Nous avons aussi l'autorisation d'y laisser quelques affaires inutiles pendant le trek, puisque nous avons prévu de revenir ici pour les deux nuits qui précèderont notre vol retour.

Tous nos bagages sont arrivés à bon port, encore que nous avons failli oublier un sac marin dans la navette de l'aéroport. Heureusement je m'en suis aperçue à temps et ai pu faire de grands signes au chauffeur lorsqu'il est repassé devant le Gjestehuset 102.

Ah, me voilà dans mon élément préféré, avant tout loin du boulot et de toute autorité humaine, condition sine qua non à mon bonheur ! Nuit de sommeil ferme, à l'aube d'une nouvelle tranche d'inconnu, telle que je les adore : dans la nature avec des paramètres simples qui renvoient à notre condition d'être vivant parmi les autres. Bien sûr je ne pourrais pas survivre dans cette nature sans le monde moderne, sans la nourriture déshydratée ni la veste duvet fabriquées par des moyens modernes. Je suis une fervente utilisatrice du progrès technique, et ne vais pas nous tenir un discours culpabilisateur d'extremiste écolo. Je veux juste exprimer que je trépigne de joie de me trouver ici dans le grand blanc, loin de la routine et du stress de nos vies quotidiennes.

Dimanche 15 avril 2007

Nous avons emporté de France toute notre alimentation de sorte que nous n'avons pas à faire de courses ici sur place. Il nous faut simplement passer chez "Ing Paulsen" récupérer le fusil que nous y avons réservé. On nous donne 10 cartouches que nous ne payerons que si nous les utilisons. J'achète aussi quelques fusées pour effrayer l'ours si necéssaire. Ensuite il nous reste à passer à la station service pour remplir notre bidon d'essence et les quatre bouteilles prévues pour les réchauds. 9,5 litres en tout pour 3 personnes pour 13 jours de marche. Et voilà, c'est parti.

Les premiers kilomètres vers Advendalen se font avec le vent de face et il faut tout de suite dégainer les masques de néoprène. On nous avait prévenu que le vent venait généralement de l'est, et c'est bien le cas aujourd'hui. J'espère qu'il en sera aussi ainsi au retour, car j'ai le vague espoir de pouvoir utiliser alors la voile de traction Nasawing que j'ai rajouté dans mes bagages au dernier moment. A peine sorties de Longyearbyen, nous croisons les premiers rennes dans leur bel habit d'hiver. Ils sont plus trapus que les rennes de Laponie et leur fourrure est plus claire et plus épaisse. Ils ne semblent pas troublés par notre présence et se dirigent carrément vers nous pour suivre leur chemin. En touristes fraîchement débarquées nous sommes heureuses d'avoir ainsi les premiers visiteurs locaux à immortaliser en photos.

Nous marchons parallèlement à la route qui mène de Longyearbyen à la Gruve 7, la seule route sur tout le Svalbard. Elle fait 7 kilomètres de long seulement. Il y a quelques bâtiments le long de cette route et nous profitons de l'un d'eux pour faire la pause à l'abri du vent. Puis nous tournons vers Bolterdalen. Sur une petite butte se trouvent quelques maisons et sur la carte je lis "Tredalshytta", qui dit "hytta" dit généralement "refuge", donc nous hissons nos pulkas sur la butte mais ne trouvons rien qui ressemble à une "hytta". Un chenil est a proximité et nous demandons au bonhomme qui nourrit les chiens s'il connaît Tredalshytta. Non, il ne sait pas de quoi il s'agit... Donc nous montons la tente, l'abside vers l'ouest puisque c'est le vent d'est qui domine...

Camp : 33521774E - 8677889N - 73m

Lundi 16 avril 2007

...Eh non, le vent a changé d'avis pendant la nuit et le voilà qui souffle de l'ouest maintenant. Résultat : l'abside est remplie de neige ce matin et le réchaud est enseveli. Ca commence bien ! Mais bon il en faut plus pour nous saper le moral et nous rigolons de bon coeur de cet incident.

Il fait grand beau de sorte que la visibilité est parfaite. Nous nous éloignons de la mine Gruve 7 et des gigantesques antennes qui la surplombent pour nous enfoncer dans la vallée Bolterdalen que nous avons préférée à Todalen qui lui est parallèle, car elle est fréquentée par les traîneaux à chien plutôt que par les motoneiges. Après 6 à 7 kilomètres seulement nous montons le camp au pied du glacier Rieperbreen. Nous aimerions tenter l'ascension du Foxtoppen demain s'il fait beau. C'est un sommet dont nous avons vu sur Internet qu'il était faisable à ski au printemps.

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Attelages dans Bolterdalen - Au fond le FOXTOPPEN 955 m

En fin d'après-midi nous voyons passer au loin un groupe de 5-6 personnes avec une ou deux pulkas, ce seront les seuls randonneurs que nous verrons sur tout notre parcours de 13 jours.

Position de notre camp : 33 523380E - 8672280N (UTM)
-13°C en journée, -20°C à 20h

Mardi 17 avril 2007

Réveil à 5h30, départ à 8h. En fait on s'est levé trop tôt car j'ai réveillé tout le monde avec deux heures d'avance suite à une erreur de lecture de l'heure... Mille excuses.

La météo est hésitante ce matin, il fait moins beau qu'hier et quelques nuages bas font mine de vouloir boucher la vue. Mais nos altimètres et baromètres sont stables donc nous n'avons guère d'inquiétude et décidons de monter vers le Foxtoppen comme prévu. Il n'y a pas de traces évidemment et il faut chercher son chemin, d'abord grimper sur la moraine pour atteindre le glacier puis tracer dans une neige assez profonde. Nous avions fait une reconnaissance hier soir, le cheminement est simple, il faut suivre le glacier Rieperbreen jusqu'au col (pas de nom sur la carte) puis suivre la crête vers l'ouest jusqu'au sommet. Ne pas chercher à prendre directement la direction du sommet car il y a une corniche tout le long qui barre le passage.

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Sur le glacier Rieperbreen en montant au Foxtoppen

Pile au col, que nous atteignons à midi, le soleil perce définitivement les nuages et permet une vue époustouflante vers le sud. Tout est blanc, beau, silencieux et désert, un rêve. Dès le départ nous avions mis la veste en duvet plutôt que la veste Gore-Tex car il ne fait pas chaud. Nous avons fait une bonne partie de la montée à l'ombre et le thermomètre indique -20°C. Le moindre petit sommet ici prend les proportions d'une expédition tellement les conditions sont rudes, avec les affres de l'altitude en moins.

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Panorama vu du col
A gauche vue vers le nord, au milieu vers l'est, à droite vers le sud sur Tverrdalen
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Après avoir sorti tous les superlatifs disponibles pour décrire la vue du col, nous décidons de poursuivre sur la crête vers un rocher qui émerge et semble être le sommet. Mais d'après le GPS il y a encore plus d'un kilomètre à faire. En effet, une fois arrivé au rocher on voit que ça continue au-dessus. Annie qui est équipée de chaussures de ski de rando décide de mettre les crampons et poursuit jusqu'au sommet. Brigitte et moi n'avons pas le courage de poursuivre avec nos simples chaussures de ski de fond sur lesquels les crampons ne se fixent que de manière approximative. Donc nous restons sagement près du rocher heureusement au soleil et attendons le retour d'Annie. Elle revient enchantée et nous décrit le sommet comme un immense plateau sans difficulté, seul le passage du rocher est un peu exposé.

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Rocher sur la crête du Foxtoppen - Au fond le Ayerbreen et Burralltoppen

Retour au camp vers 16h où nous découvrons des traces de rennes toutes fraîches autour de nos tentes. Ils ont dû y faire la sieste car il y a des cuvettes avec quelques poils qui montrent qu'ils s'étaient couchés là.

-26°C à 20h. Même camp qu'hier.

Mercredi 18 avril 2007

Il fait à peu près beau ce matin, mais ça souffle et il fait -23°C. Vent du sud aujourd'hui, dans le pif donc, très agréable pour commencer la journée... Il faut monter vers un col (toujours pas de nom sur la carte) assez raide pour des pulkas. Heureusement il y a une trace et même un balisage. Pas de problème pour trouver le chemin, mais la montée est tout de même laborieuse et demande un sérieux coup de reins. Pas moyen de faire une pause tranquille à cause du vent. Etre brassé comme un prunier à en perdre ses cacahuètes est désagréable croyez-moi, d'autant plus qu'il fait toujours -20°C. Donc pas de pause en attendant... pourtant j'ai une petite faim, et les autres sûrement aussi.

Une fois passé le col nous basculons dans une nouvelle vallée qui s'appelle Tverrdalen. Le vent faiblit progressivement et nous profitons de cette accalmie pour rattraper notre retard de cacahuètes.

Hier lorsque nous étions au col qui mène au Foxtoppen nous avions aperçu du haut 3 traces qui suivent la vallée Tverrdalen, l'une sur la rive droite de la rivière Tverrdalselva, l'autre sur la rive gauche et une directement dans le lit du cours d'eau. Il va de soi que c'est cette dernière qui offre le profil optimal pour les pulkas, c'est donc celle-ci que nous choisissons de suivre. La météo s'est stabilisée au beau fixe. Quelques tronçons en glace nous permettent une glissade par-ci par-là. Le terrain est presque plat donc pas de gros efforts à fournir, bref une belle fin d'étape avec des traces de rennes de plus en plus nombreuses.

Juste avant d'arriver à l'embouchure dans Reindalen nous apercevons de nombreux rennes en train de brouter sur les versants du Hillestadfjellet. La carcasse déchiquetée de l'un d'eux gît éparpillée sur notre chemin. Y aurait-il un ours dans les parages... ?

Nous posons le camp dès l'arrivée dans Reindalen, la "vallée des rennes", aux dimensions immenses. Panorama fabuleux dans toutes les directions, tout à fait le genre d'endroit qui me fait frémir d'émotion. Rien que pour lui ça vaut le voyage. En prime les rennes viennent nous tenir compagnie, ils sont chez eux ici et la vallée porte bien son nom. Désolées de piétiner leurs plates-bandes ce soir. En pelletant de la neige pour recouvrir les bavettes de nos tentes nous dénudons quelques plantes dont ils se nourrissent, ce qui nous donne la vague excuse de leur rendre un peu service peut-être...

7h45 de marche. 14 km. -22°C à 19h. Position du camp : 33523410E 8659950N - Altitude : 68 m.


Voir les rennes en vidéo sur Youtube (1mn40s)

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Vers Reindalspasset

Gustavfjellet

Vers Kaldbukta

Panorama de Reindalen vu depuis son confluent avec Tverrdalen
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Jeudi 19 avril 2007

Aujourd'hui nous changeons de direction et bifurquons vers l'est pour remonter Reindalen. Et donc ça signifie que nous aurons encore droit au "vent de nez" toute la journée. Et il fait toujours froid, le thermomètre n'arrive pas à monter au-dessus des -20°C. Attention aux gelures des pommettes donc. Dimanche dernier Brigitte avait acheté chez Paulsen un masque avec une protection du nez et du bas du visage tel qu'en porte les conducteurs de motoneige, et depuis notre départ elle a eu l'occasion de l'utiliser tous les jours. Il faut dire qu'elle s'est déjà gelé le nez il y a quelques années et qu'elle le surveille comme la prunelle de ses yeux pour que ça ne se reproduise pas. Et dire que c'est son anniversaire aujourd'hui... fêter son anniversaire dans un congélateur, a-t-on idée !!!

Vers 10h30, en quittant notre emplacement nous constatons qu'à 300m de là il y a les traces d'un autre camp, avec des murs de neige, et des traces de pulka "Paris" celles utilisées généralement par les groupes de GNGL. Il y a au moins 4 pulkas dans ce groupe, voire 5 ou 6. On a dû se rater de peu car les traces semblent toutes récentes. Je constate aussi qu'ils vont dans la même direction que nous. (Alors amis randonneurs si vous vous reconnaissez dans ces lignes n'hésitez pas à m'écrire un petit mot !)

Les rennes sont présents un peu partout et nous dévisagent avec intérêt. Qu'est ce que c'est que ces intrus sur notre territoire semblent-ils s'interroger ! Un groupe de 2 rennes adultes et 2 jeunes collés aux basques de leur maman s'approchent de nous, à petit pas, de plus en plus près. Nous restons immobiles et savourons le privilège de cette rencontre toute en douceur et curiosité réciproque. Ils lèvent le nez et semblent nous humer, puis ils reprennent leur activité de grattage de la neige pour accéder à leur nourriture.

Depuis notre départ ce matin nous avons repéré avec les jumelles une trace dans le flan d'un sommet au loin, le Lunckefjellet. Au fur et à mesure que nous avançons vers le fond de la vallée de Reindalen, ce sommet se rapproche et il devient évident qu'il s'agit d'une très grosse trace et non simplement de traces de pas. Cela nous intrigue et nous intéresse à la fois, et surtout ça nous donne l'idée que nous pourrions peut-être gravir ce sommet s'il fait beau demain. D'un commun accord nous laissons à notre gauche la trace des pulkas Paris que nous suivions depuis toute la journée pour nous approcher du glacier Marthabreen. Et très bientôt nous tombons sur cette fameuse mega-trace qui semble monter au Lunckefjellet. Ce n'est pas celle d'un scooter, ça ressemble à celle d'un gros engin comme une dameuse de piste de ski. Que vient-elle faire là ? Mystère. En tout cas ça nous fera une belle autoroute pour monter sur ce sommet. Nous plantons le camp à l'entrée du glacier, de façon à être au soleil demain matin.

Ce soir Brigitte a prévu une petite surprise pour fêter son anniversaire. Elle a dissimulé dans la ration du jour un lyophilisé un peu spécial : du vin rouge*. Si-si, ça existe, voyez sur la photo ci-dessous ! Héhé, et on a bien dormi après !

* ROUGE, de la marque "Trekking Mahlzeiten"

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Vin rouge lyophilisé

Vendredi 20 avril 2007

Tempête de ciel bleu, pas d'excuse il faut monter au Lunckefjellet. Heu oui, mais il y a encore -20°C sur le thermomètre ce matin. Plutôt frisquet quand on sort de son sac de couchage bien douillet. "Ben quoi, si vous vouliez être au chaud fallait aller aux Bahamas et pas au Spitzberg !" ...Ben oui...

Bon il y a toujours un moyen de se réchauffer, c'est d'y aller au pas de charge. C'est Annie qui se fait un plaisir de donner le rythme et en un rien de temps on a chaud ! Et ça fait du bien de marcher librement, sans le "boulet" derrière soi, enfin j'veux dire le camion, euh la pulka. Et on a même laissé le fusil au camp aussi (chut, faut pas l'dire).

Une fois dans le flan de la montagne la trace est raide et sans le passage de la chenillette nous n'aurions jamais eu l'idée de monter par ici. Annie et moi sommes à pied, Brigitte a préféré progresser en skis. Mais dans la partie raide elle finit par déchausser pour continuer à pied. En cours de route une motoneige apparaît au loin en provenance du sud; elle bifurque et vient vers nous. Euh, serions-nous en infraction ? Le scooter s'arrête et le conducteur fort aimable nous demande si tout va bien. Il nous explique que cette piste va à un lieu de travail dans le domaine minier. Je crois avoir compris qu'il s'agit de prospection. Il est le "superviser" de ce secteur et vient faire le tour de ses troupes. Il vient de Svea, la mine située à une vingtaine de kilomètres au sud d'ici. Il précise qu'il n'y a pas de problème, que nous pouvons continuer jusqu'en haut, ce que nous nous empressons de faire.

Nous arrivons sur un gros dos arrondi que nous pensions être le sommet du Lunckefjellet. Ce point est indiqué à 924m sur notre carte. Mais à y regarder de plus près nous nous sommes aperçu après coup qu'il y a encore un autre point plus à l'est donné à 1045m qui est vraisemblablement le vrai sommet. Nous ne sommes pas allées jusque-là.

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Lunckefjellet

Tenue himalayenne pour balade polaire au Lunckefjellet

Une pause cacahuètes à -18°C nous permet d'apprécier le confort de nos doudounes. Heureusement il n'y a quasiment pas de vent, ce qui rend cette balade polaire vivable et même agréable. Nous restons environ une heure là-haut à goûter longuement au plaisir d'être là dans ce monde extraordinairement beau, aux dimensions inhabituellement vastes. Nous sommes à moins de mille mètres d'altitude et pourtant on a l'impression de dominer une gigantesque immensité.

Pendant toute la descente nous avons à nos pieds la Reindalen. Je ne sais pas comment vous décrire tant de beauté et d'immensité. Et les photos peuvent-elles rendre la réalité ? Je les laisse à votre appréciation...

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Vue sur Reindalen en descendant du Lunckefjellet
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Reindalen - Camp au pied du Marthabreen - vue vers l'ouest

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Reindalen - La montagne au fond est le Bergmoya 935m
La colline derrière les tentes en bas à droite est un pingo*

*Pingo : voir explication sur Wikipédia

14 km aller-retour de notre camp jusqu'au point du Lunckefjellet indiqué "924 m" sur la carte et où j'ai relevé les coordonnées GPS suivantes : 33541280E 8661260N. Beau temps toute la journée. -16°C à 20h. Même camp qu'hier soir.

Samedi 21 avril 2007

Déverouillage tardif ce matin. Après la journée sportive d'hier nous avions le sommeil lourd ! A 11h nous sommes enfin prêtes à décoller. Pas besoin du GPS, la direction à suivre est simple, "à l'est, toute !" vers le Reindalpasset. Vent de pif et rennes au programme. Rennes têtes nues, rennes boisés, rennes couchés, rennes qui broutent, rennes qui grattent, rennes qui regardent, rennes qui s'enfuient. Ils en ont mis de toutes les sortes.

Au pied du glacier Bergmesterbreen nous quittons la trace des pulkas Paris pour tourner à gauche, vers le nord. Cette vallée mène à un col qui devrait nous permettre de rejoindre la vallée Advendalen. Ni la vallée ni le col ne portent de nom sur ma carte. (Pour que vous sachiez de quelle vallée je parle je précise qu'elle passe entre les deux sommets Tronfjellet et Slottet)

Nous sommes brusquement nez à nez avec un gros obstacle, la rivière que nous pensions suivre est encaissée dans une ravine avec des parois raides et cornichées, glups ! Le passage est-il dans le lit de la rivière ou plutôt en hauteur à l'extérieur du lit ? Les versants ont l'air assez pentus et accidentés et on ne voit pas la moindre trace qui passerait dedans. Et la visibilité est en baisse car le temps s'est couvert progressivement, et sans le soleil pas d'ombre, donc pas de relief, enfin bref. Ca sent la merdouille...

Bon, faisons un petit bilan. Suis-je sûre que le passage par cette vallée est possible avec des pulkas ? Oui, j'en suis sûre. Et comment puis-je en être sûre ? Parce que j'ai trouvé sur Internet au moins 1 récit qui m'a confirmé que ça s'est déjà fait. A Longyearbyen on nous a dit qu'elle était interdite aux scooters à compter du 1er mars. Mais ça veut aussi dire clairement que les scooter peuvent passer, et là où passe un scooter ma pulka peut passer aussi. Voilà une conclusion simple qui me rassure.

Y a t'il des traces ? Oui il y a quelques affleurements d'une vieille trace de motoneige et il y a surtout des traces de rennes qui de loin donnent parfois l'impression d'être une possible trace humaine pour peu qu'elles soient un peu en ligne droite. En regardant attentivement avec les jumelles je suis sûre que je vois au loin des traces de scooter DANS le lit de la rivière. Et je ne crois pas qu'il s'agisse d'un scooter qui s'est amusé à faire des ronds dans le paysage, mais que c'est bien une trace qui mène quelque part.

Mon pifomètre me dit qu'il faut chercher à rejoindre cette trace. Seulement voilà, elle est au fond de la rivière et nous nous sommes sur la berge au moins 20 mètres au-dessus. Il est 17h et il serait aussi temps de penser à se poser pour la nuit. Quelques rennes observent nos hésitations, ils n'ont pas de problèmes eux, sans abris ni bagages ils passent leur vie ici, par tous les temps et toute l'année même quand il fait nuit pendant 2 mois d'affilée. Comment font-ils pour trouver leur nourriture dans le noir continu ? On ne peut qu'admirer les prouesses d'adaptation dont la nature est capable...

Et nous, pouvons-nous nous adapter à notre situation de "Maman, qu'est ce que j'fais..." ? Et ben c'est simple, il faut suivre la piste de motoneige. Ah ben oui. Suivons. Elle part vers la gauche dans le versant. Non non pas jusqu'au versant, elle ne fait que contourner un gros trou puis elle tourne à droite, droit dans la rivière. Ouille, c'est raide de chez raide ! Stopper les machines, pas questions de rentrer dans cette pente-là avec les pulkas attachées derrière nous. Mais au moins c'est clair, c'est bien par ici qu'il faut descendre. Nous détachons les pulkas et enlevons les skis pour descendre à pied afin de voir si ça passe. Mouai, ça peut passer, la neige est assez profonde et on peut faire des bonnes marches. Il faut cependant décharger les pulkas et descendre le chargement petit à petit. Et hop le tour est joué. Nous ne rechargeons même plus les pulkas mais montons le camp directement ici dans le plat du cours d'eau.

La neige est noirâtre et il y a de la poussière noire dans la gamelle de neige fondue. Pas étonnant car il y a dans la montagne derrière nous un filon de charbon à l'air libre, un spectacle que nous n'avions encore jamais vu.

Camp : 33547060E 8668283N
Ca s'est drôlement réchauffé ce soir, il ne fait que -8°C à 22h. Le redoux annonce t'il du mauvais temps ?

Dimanche 22 avril 2007

...Meuh non qu'il n'y a pas de mauvais temps. Fait presque beau. Il y a bien quelques nuées qui essayent d'embrumer les sommets alentours, mais au-dessus de nos têtes c'est du ciel bleu. Donc : au turbin, il a un col à passer aujourd'hui et il faut d'abord le trouver. C'est ça quand on veut jouer à l'explorateur et qu'on a devant soit un paysage vierge, il faut tracer et surtout il faut trouver le bon passage. Mais nous avons notre trace de ski-doo, ...enfin nous avions, car après 400 m elle a complètement disparue sous la neige. Donc sortons le GPS et affûtons le pifomètre.

Belle vue ce matin en ouvrant la porte

Nos cartes du Svalbard sont au 1/100 000 et les lignes de niveau sont distantes de 50 mètres. Autant dire que pour le randonneur pédestre cette précision est insuffisante. Pas moyen de savoir vraiment dans quel genre de terrain on va mettre les pieds. Ici nous sommes dans un cas concret, sur la carte ça paraît tout simple, mais sur le terrain nous avons devant nous un dédale de monticules morainiques, d'abord ceux du Slottsbreen à notre droite puis ceux du Tronbreen et du Hettebreen qui convergent au niveau du col et s'imbriquent les uns dans les autres. On sait que l'on finira par passer, mais avec une pulka à tracter on voudrait tout de même éviter de faire des détours inutiles.

Faisons au plus simple : on va méthodiquement suivre la direction des points GPS que nous avons saisi à partir de la carte, tout en choisissant le chemin le moins pentu. Et ça nous réussit bien finalement. Nous finissons par nous retrouver sur un petit lac gelé sur lequel quelques mètres de traces de scooter ont survécu aux chutes de neige et qui confirment que nous sommes pile sur la bonne voie. Ah, bien bien. Nous faisons un peu d'autosatisfaction et décrétons que nous avons mérité une pause. Saucisson, viande séchée, knäkke, chocolat, gâteaux secs, thé, et les incontournables cacahuètes.

Mais le col n'est pas atteint, encore quelques mètres de montée et voilà enfin la vue vers la vallée descendante, dans laquelle se faufile la rivière Adventelva qui finit sa course dans le fjord de Longyearbyen. Le temps parfois embrumé de ce matin a laissé place au ciel bleu et la visibilité est parfaite pour trouver la descente.

Vue sur la vallée de l'Adventelva

Hmm-hmm, la descente dites-vous... Un peu raidasse dirait-on ! Décidément. Mise en oeuvre du plan "Déchausser skis, détacher pulkas, explorer à pied". A pied il n'y a pas de problème, il faut simplement réfléchir au "comment passer les pulkas". Dès que c'est raide son poids risque de vous entraîner dans une glissade désagréable avec risque de casse matérielle au bout. Il n'y a qu'un petit passage de quelques mètres qui pose problème, moins raide et moins long que celui d'hier. Nous songeons un instant à sortir la corde pour descendre les pulkas l'une après l'autre, mais en fin de compte il suffit de les décharger un peu et l'affaire est bouclée.

Du haut du col j'avais bien regardé à la jumelle par où je peux passer pour faire la jonction entre les différentes pentes entrecoupées par des ravins de cours d'eau latéraux, ensuite une fois dans le bas de la vallée ça a l'air simple et plat. Nous arrivons en bas sans encombre, avec en prime quelques glissades assises sur nos pulkas, youhou !

En conclusion je conseillerai tout de même de ne pas faire ce col dans le mauvais temps. Avec une visibilité nulle il y risque de scénario "chute avec pulka" ! Sauf à être avec quelqu'un qui l'a déjà fait et qui sait exactement où il faut passer, un guide local par exemple. Par beau temps il n'y a pas de problème.

Depuis plusieurs jours nous avons repéré sur la carte un sommet, le Breikampen, dont nous envisageons de tenter l'ascension. N'ayant pas de topo le concernant, nous n'avons d'autre indice que ses courbes de niveau qui semblent assez espacées. Ce sommet se trouve juste devant nous sur la rive droite de l'Adventelva. Nous posons donc le camp ici à son pied.

Deux lagopèdes, nos "poulettes" préférées, se promènent là à quelques mètres de nous en guise de comité d'accueil. Idéal pour les prendre en photos. Il y a aussi, bien moins réjouissant, un jeune renne mort qui gît là figé dans la neige, témoin s'il en faut du tribut à payer aux rudes conditions polaires qui règnent ici.

Lagopède

Lagopède

A peine les tentes montées, un jeune renne s'approche et vient inspecter ces étrangers qui squattent sur son territoire. Il est tout seul alors qu'il y a de nombreux autres rennes en haut sur les crêtes dénudées qui broutent activement. Aurait-il perdu de vue son groupe ? Et de plaindre le "pauvre petit renne qui a perdu sa famille"...

Ce soir c'est l'occasion de faire un essai avec le téléphone Iridium, car n'oublions pas que c'est jour d'élections chez nous en France ! Et ça nous intéresse (en tout cas moi ça m'intéresse !) de savoir qui est au deuxième tour des élections présidentielles. Réponse : Sarko - Sego, Bayrou 3ème, Le Pen en baisse, et un taux de participation de plus de 80%. Ah, que des bonnes nouvelles tout ça. Heureusement j'avais fait un vote par procuration, et je serai rentrée pour le deuxième tour. Le coup de fil n'a duré que 45 secondes, car la minute d'Iridium coûte chère. Mais ça suffit pour dire que tout va bien et pour rassurer nos familles.

Camp : 33545160E 8676530N. Etape 10 à 11 km. Durée 5H. -12°C à 22h.

Lundi 23 avril 2007

Nous voilà bien seules depuis quelques jours, plus de motoneiges ni d'attelages de chiens, pas le moindre skieur avec pulka à l'horizon. Que des rennes et quelques lagopèdes pour nous rendre visite. Heureusement pas d'ours non plus !

9h15. Baromètre stable, plutôt en hausse d'ailleurs, donc rien ne s'oppose à notre plan d'ascension du Breikampen. Toutefois ce n'est pas le grand beau temps et il y a un peu de vent, juste assez pour se geler les doigts dès qu'on enlève les gants, pour faire une photo ou manipuler le GPS par exemple. Nous entamons la montée mais avec un certain pessimisme. Dès les premières pentes il y des choix à faire, par ici ou plutôt par là ? L'essentiel est que tout le monde passe sans se casser la figure. C'est plus une question de consistance de neige que de raideur de pente. Les parties croûtées alternent avec les parties de neige accumulée, chacun y va de son feeling et sans problème nous arrivons sur le plateau qui suit le premier raidillon.

Il y a toujours des nuages accumulés sur les reliefs et nous ne savons pas encore si nous arriverons au sommet. Nous commençons par rallier le pied du Breikampen dans l'idée de voir le panorama vers Sassendalen au nord. Il y a du vent, pour faire une pause un tant soit peu à l'abri nous nous dirigeons vers un gros caillou sur notre droite. Bon, ça abrite un peu disons. Nous faisons la pause avec les principes de la méthode Coué. Mais oui il fait beau , (pas tout à fait pourtant...), mais non il ne fait pas froid (pourtant je me gèle les mimines...) mais oui on peut faire ce sommet (euh, à voir...).

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Annie et moi

Pause à l'abri du caillou au pied du Breikampen

Le sommet est au-dessus de nos têtes mais totalement à l'ombre ce qui fait que l'on ne distingue absolument pas la raideur de la pente. Seule son extrémité ouest est ensoleillée et permet de bien voir son profil. Je décide donc de passer par ce profil-là, c.à.d. le seul que je vois distinctement. Vu d'ici c'est faisable sauf si c'est en glace.

Nous montons ski au pied avec quelques zig-zag. Puis je déchausse pour faire des marches dans la partie qui se redresse. Je recherche les parties où la neige est profonde afin d'assurer aussi un passage sécurisant pour la descente. Quelque chose me dit que ce n'est peut-être pas le chemin officiel mais tant pis, l'essentiel est de passer sans encombre. Personne parmi nous trois n'a un niveau technique élevé. Nous sommes des "promeneurs du dimanche", plutôt aguerris certes, mais sans bagage technique digne de ce nom. Seule notre expérience accumulée nous donne notre assurance et notre marge de sécurité.

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Montée au Breikampen

C'est vrai, je me sens largement sous la marge en ces instants et donc j'y vais de bon coeur. Je m'éclate même, car en arrivant au sommet du raidillon je vois que le sommet est tout près et je sais désormais que nous le mettrons à notre tableau de chasse. Tableau de chasse ? Quelle horrible expression, je devrais plutôt dire "liste de courses". A propos de chasse, nous avons encore "oublié" le fusil au camp... Trop lourd. Nous avons juste emporté le stylo lance fusée.

Bon, il reste encore une petite pente devant nous. On peut rechausser les skis et cahoter d'une sastrugi à l'autre jusqu'en haut. Ca me rappelle la montée au Sokosti, petit sommet en Laponie finlandaise, croûté glacé et venté au possible.

On arrive sur une immense surface plus ou moins plate. C'est où exactement le sommet ? Nous voulions voir la vue vers le nord et l'ouest, donc il faut continuer droit devant nous. Ah voilà, un cairn bien emmitouflé dans une croûte de neige givrée émerge de l'horizon. 13h, sommet 915 m. En arrivant au cairn la vue sur les massifs de l'ouest se dévoile enfin et nous offre à nouveau un panorama digne de l'Antarctique. Wouah ! Fabuleux. Et si on revenait voir tout ça de plus près l'année prochaine ? Et de faire des plans sur la comète pour les années à venir...!

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BREIKANPEN

Au sommet du Breikampen 915 m - au fond Sassendalen et Tempelfjord

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Au sommet du Breikampen - vue vers le sud - au fond le Lunckefjellet - à droite le Tronfjellet -

C'est beau, c'est beau. Oui, mais ça caille. Même le zoom de ma caméra refuse de faire la mise au point tellement il est a ses limites, pourtant je viens de lui mettre la batterie que j'ai gardée au chaud. C'est la première fois que je vois ça, et dieu sait que ma caméra a vécu toutes nos péripéties depuis des années. Vraiment, il doit faire froid. On va écourter le séjour au sommet, caille les doigts, caille les batteries, caille tout court. La pause sera pour plus tard. Manquerait plus que ça qu'il faille sucer des cacahuètes gelées avec du thé glacé, pfff...

Nous sommes tout de même très contentes d'avoir fait ce sommet. Ce n'était pas couru d'avance ce matin. Au loin vers le sud nous distinguons le col que nous avons fait hier. D'ici il a l'air d'un petit truc insignifiant. La descente sera finalement plus facile que prévue, nous reprenons nos marches faites à la montée et continuons à pied tout droit dans la descente au plus court chemin vers le camp. Nous trouvons un autre gros caillou pour faire la pause, un caillou de rennes, il y des traces de "sieste" tout autour de lui. Le reste du parcours est une formalité.

15h30. De retour au camp notre petit renne est toujours là à gratter ses trois brins de végétation. Il ne s'éloigne même pas à notre vue.

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Un peu plus tard deux beaux rennes adultes descendent de la colline et se dirigent vers notre camp. Nous espérons que notre petit renne se réjouira de cette compagnie. Mais à notre surprise, il les accueille tête en avant et se bagarre avec eux. Pourtant il est tête nue, je veux dire qu'il n'a pas de bois, alors que les deux autres en ont. Ca ne l'empêche pas de s'y prendre à plusieurs reprises sans reculer d'un pas. En fait de "pauvre petit renne qui a perdu sa famille" il semble peut-être que nous ayons à faire à un "renne teigneux qui ne veut personne sur ses pâtures" ! Allez savoir.

Les visiteurs arrivent

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Rennes chamailleurs

3 sommets gravis pendant notre petit périple, voilà une bonne chose de faite. Il nous reste largement le temps de retourner à Longyearbyen, même si le mauvais temps s'installait. Plus de col à passer, aucun problème d'orientation, plus rien de grave ne peut nous arriver.

Mardi 24 avril 2007

Nous n'avons pris aucun jour de repos depuis le départ, mais après tout nous n'en ressentons pas le besoin. Les étapes étaient courtes, plus courtes que celles généralement au programme des groupes organisés, et nous avons pris notre temps aussi bien pour le montage-pliage des camps que pour la progression elle-même. Le fait que le jour soit permanent est un avantage énorme. Au Spitzberg pas besoin de se presser sous prétexte qu'il faudrait arriver "avant la nuit", si on veut on peut même marcher la nuit (enfin si on peut dire). La raison principale est cependant que je veux avant tout prendre du plaisir, et non pas "aller à mes limites" comme on lit souvent dans les motivations des uns et des autres. Excusez-moi, ça me fait un peu rigoler ! Mais bon, chacun son truc. Nous avons tous des motivations diverses. Pour certains c'est la recherche de soi, moi j'me suis trouvée depuis longtemps et j'en suis à la simple recherche du plaisir. Ca doit être l'âge... j'ai passé l'âge de la frime depuis belle lurette ! Quant'à savoir d'où vient le plaisir à traîner une pulka par -20°C, j'avoue que je n'ai pas de réponse. Un défaut génétique peut-être....

Cessons cette digression, un tantinet ironique (oh, la vilaine), et revenons à nos moutons, euh à nos rennes. Ils ont passé la nuit près de nous et sont déjà en plein déjeuner sur l'herbe. Je sais, ce n'est pas de l'herbe... En revenant dans Adventdalen nous allons nous éloigner de ce monde de quiétude pour nous rapprocher peu à peu de notre monde à nous, celui des humains, trépidant et remuant.

Mais il reste encore quelques dizaines de kilomètres à faire jusqu'à Longyearbyen et 2-3 jours de marche dont nous espérons bien profiter pleinement. J'ai oublié de noter la température mais il fait plus chaud qu'hier. C'est un peu bouché ce matin mais on y voit suffisamment pour progresser à vue. Il suffit de longer la rivière. Après quelques kilomètres nous descendons carrement dans son lit, j'ignore si c'est le bon chemin car il n'y a aucune trace. Toujours est-il que la progression y est possible, aisée même, jusqu'au moment où nous débouchons sur une immense surface d'eau gelée. C'est plat certes et il est tentant de couper le virage à gauche, mais à peine avons-nous pris en ligne de mire le pingo à 2km devant nous que nous nous retrouvons sur une pellicule de glace fondue. Non pas qu'il y ait un risque de tomber dans l'eau, la glace est bien trop épaisse, mais avec le redoux et le soleil la glace du dessus fond et, ne pouvant s'écouler nulle part, crée une petite couche d'eau stagnante. Juste de quoi mouiller les peaux de phoques et de provoquer immédiatement un efficace effet de bottage, aussi bien sous les skis que sous les pulkas. Et les trois nanas de se mettre à râler...

Bon, c'est l'heure des cacahuètes de toute façon. Brigitte vise un "gros caillou à pause". Vous l'aurez remarqué, nous affectionnons les gros rochers pour pauser à l'abri du vent. Le caillou en question a les pieds dans la glace et donc dans l'eau qui recouvre la glace. On patauge un peu mais ça ira quand même. Un bol de thé et hop ça repart.

Il faut changer de cap et sortir de la zone mouillée. Vers le nord en direction de Passhytta, on distingue une trace de scooter aux jumelles. Elle fait la liaison entre Adventdalen et Sassendalen. Le plus simple est de viser tout droit vers cette trace qui nous facilitera la suite de la progression. Du coup nous ne sommes plus les pieds dans l'eau mais dans une couche de neige d'une certaine épaisseur, ce qui signifie qu'il faut tracer.

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Sur le grand bassin de l'Adventelva

Je me fais un plaisir d'avaler les 2,5 km qui nous séparent de la rive d'en face, au pied du Juvdalskampen sur la photo ci-dessus. Une petite suée de temps en temps, ce n'est pas bien grave, et ça permet d'avoir bien chaud lors de la prochaine pause ! Top, jonction avec la piste, mission accomplie. Les premiers scooters ne tardent pas à arriver, et nous sommes garées en plein milieu de l'autoroute. Ah ces touristes à pulka ! Qu'importe, nous prenons grand plaisir à nous congratuler du bon labeur accompli. Maintenant il reste à sortir la voile Nasawing pour se faire tracter par le vent d'est jusqu'à Longyearbyen.

Vent d'est ? ...Depuis ce matin nous avons à faire à du vent d'ouest malheureusement. Il n'a jamais soufflé de l'est depuis notre départ sauf le tout premier jour. Donc la voile reste dans son sac et il faut aller à l'est à pied. Huile de genoux. Faudrait d'ailleurs huiler un peu partout si on additionnait les articulations qui grincent chez chacune de nous. Parfois on entend couiner, mais rassurez-vous ce ne sont que les fixations des skis.

Sur la carte, en plein milieu de Adventdalen, il y a un petit grigri qui nous intéresse : Innerhytta, un refuge. Ouvert ou fermé ? Sans doute fermé car tous les refuges sont privés. Je l'avais saisi sans mon GPS qui me dit 9,5km en ligne droite. Nos articulations grinçantes pourront-elles mouliner jusque là ce soir ? Oh certainement, il n'est que 13h30 et grâce à la trace des motoneiges nous avançons à presque 4 km/h, donc en 2h30 nous devrions être à destination. J'annonce la bonne nouvelle et c'est parti, tra-la-la !

Broum-broum ! Non non, ce n'est pas nous, c'est les motoneiges. Nous on ne fait pas broum-broum, mais plutôt pouf-pouf-pouf comme de bons vieux diesel increvables. Les conducteurs paraissent sensibles à nos efforts et nous saluent en passant.

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Croisement sur l'autoroute dans Adventdalen !

Innerhytta se rapproche mais se cache, on ne voit que le pingo sur lequel elle est construite. Ce n'est qu'en bifurquant à gauche sur les derniers 200m en suivant la direction du GPS que la petite maison apparaît enfin. Fermée ! Ouai, mais non. Après 30 secondes de recherche je mets la main sur le trousseau de clés. Pas de problème, le cadenas est un peu grippé mais finit par s'ouvrir.

3 canapés, une table, un poêle, l'idéal. Non, je n'ai pas de complexe à utiliser cette maison providentielle sur notre passage. Nous la laisserons plus propre à notre départ qu'elle ne l'a été à notre arrivée. Et il n'y a pas de problème pour le combustible puisqu'on trouve le charbon dehors, à l'état naturel autour de la maison. Le livre de bord témoigne qu'il s'agit bien d'un refuge ouvert aux gens de passage.

Enfin un toit sur la tête. Après 9 nuits sous la tente ça va faire du bien de dormir dans un espace un peu plus grand, sans qu'au réveil on ne reçoive du givre sur le coin de l'oeil dès qu'on bouge dans son sac de couchage. Cette histoire de givre m'a un peu agacée cette année, au point que je vais peut-être acheter une tente VE 25 (le modèle 3 places de North Face). Avec deux énormes sacs de couchage dans une tente 2 places on touche sans arrêt les parois, et le givre de celles-ci vous tombe dessus et finit jour après jour par imprégner gravement le duvet. Dans une 3 places on est moins collé aux parois. Mais c'est plus lourd à porter et ça prend plus de place dans la pulka. Oui oui, faudra y réfléchir avant d'acheter, laissons mijoter l'idée...

Après le repas du soir nous faisons quelques pas autour de la maison. Le pingo est assez haut et par brouillard il vaut mieux regarder où l'on met les pieds, il y a des pentes abruptes. D'ailleurs pas besoin de tomber de haut pour se faire mal, Annie vient de faire un looping arrière en mettant le pied par inadvertance sur une plaque de glace malicieusement dissimulée sous une petite couche de neige. Et vlan un bleu de plus sur la cuisse. Pas grave, pourvu que l'appareil photo ne soit pas blessé !

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Dans le confort du refuge Innertytta Tremper des gâteaux dans un bon café,
voilà une de mes activités favorites,
à toute heure et en tout lieu !

Mercredi 25 avril 2007

Le programme pour aujourd'hui est cool. Il y a encore un autre grigri sur la carte qui se termine par "hytta", et il est idéalement situé à mis chemin entre nous et Longyearbyen. Ca coule de source que "Fostehytta" sera l'objet de notre convoitise. A peine une dizaine de kilomètres à faire et avec un peu de chance elle sera ouverte.

Les premiers kilomètres sont facilités grâce à la piste tracée par les nombreux scooters. Ensuite il faut bifurquer à droite et tracer. Comme Innerhytta hier, Forstehytta est elle aussi située sur un pingo et se cache obstinément. Je suis maintenant sur le pingo, mon GPS indique 72 m jusqu'à la hytta, ....et je ne vois toujours rien. Diantre !

Pourtant elle est bien là. Elle se dévoile au dernier moment, lorsqu'on est quasiment sur son palier. Avant même d'avoir trouvé la porte d'entrée j'ai repéré la clé, un petit bout rouge qui dépasse entre deux planches sur le côté de la maison. Mais la clé est inutile car la porte n'est pas verrouillée. Chic alors.

Le refuge est en cours de réfection. Il y a une pièce vide dans laquelle nous nous installons, et une pièce complètement encombrée de meubles, de planches, de matelas, de bidons etc... Il y a un poêle relégué dans un coin mais on n'arrive même pas à y accéder, encore moins à l'allumer. Mais comme il nous reste beaucoup de carburant nous laisserons tourner nos deux réchauds en guise de chauffage ce soir.

Comme l'étape a été courte, nous avons le temps de nous promener sur le pingo où toutes sortes de pierres bizarres enchâssées dans le permafrost attirent notre attention. Décidément ici rien n'est comme chez nous, pas même les cailloux. Le fait d'être un peu en hauteur permet d'avoir une vue plus étendue. Il fait beau, les montagnes sont baignées dans la magie de la lumière arctique, celle qui semble abolir les distances. Les massifs au-delà de l'Isfjorden paraissent tout proches alors qu'ils sont à des dizaines de kilomètres. Quelques rennes, indispensables à ce tableau idyllique, se baladent au pied du pingo.

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Forstehytta - 33531770E, 8681460N, 34m

Jeudi 26 avril 2007.

Direction Longyearbyen, 10 km. Il y a du vent d'est. Oui, vous avez bien lu, du vent d'EST, enfin ! Je ne peux pas résister à la tentation de sortir la voile. Vent est un bien grand mot, il ne s'agit que d'un tout petit souffle, tellement minuscule qu'il suffit à peine à lever la voile... Ridicule ! Point de traction efficace à attendre dans ces conditions. Tant pis, j'arrive tout de même à la maintenir en l'air jusqu'à Longyearbyen, juste de quoi faire des photos et d'attirer l'attention des scooters et des voitures sur la route de la Gruve 7.

Dans le marécage gelé que nous traversons il y a parfois des branches qui dépassent. Euh, ça ressemble à des branches, mais il s'agit de bois de rennes. Annie se précipite pour en ramasser un mais s'aperçoit qu'elle n'arrive pas à le soulever, et pour cause : le bois est encore sur la tête du renne tout entier sous la glace... Il s'est peut-être noyé après avoir passé au travers d'une glace encore trop fragile pour le porter.

Longyearbyen. Nous avons traîné ces derniers jours pour ne pas revenir trop tôt en ville mais n'ayant eu aucun contretemps ni tempête qui nous aurait immobilisées, nous arrivons quand même encore avec un jour d'avance. Nous n'avons réservé un hébergement que pour demain soir, donc pour en trouver un pour ce soir il faut faire le tour des hôtels. Evidemment tout est plein car samedi a lieu ici le célèbre Marathon du Spitzberg avec au moins 200 participants. Il faut loger tout ce petit monde.

Il faut se résoudre à dormir sous la tente une dernière fois. Nous venons de rendre le fusil chez Paulsen et on nous conseille vivement de ne pas nous éloigner des habitations. Nous nous plantons donc tout à coté des dernières maisons, au bord du fjord. Il y a un môle de terre ferme qui dépasse de la neige, on va se planter là-dessus pour être sûr de ne pas être sur l'eau. Quelques heures plus tard nous entendons longuement des bruits de glouglou qui semblent tout près de nous, pourtant le bord de l'eau est assez loin. Et il fait -20°C, ça ne devrait pas glouglouter par une telle température ? Inquiètes nous sortons les têtes de l'abside pour scruter les environs. Mystère. A la réflexion je crois que le môle de terre était en fait un aménagement qui cache des canalisations, peut-être même des égouts !

Camp : 33515238E - 8683315N - 0 m

(Voir infos pratiques sur ce voyage).