SAREK - Du 1 au 16 avril 2006


Le Massif du SAREK se trouve dans le nord de la Suède, en Laponie. C'est un terrain qui se prête bien à la randonnée nordique avec pulka.

L'aéroport de Gällivare permet un accès rapide au massif.

 

Carte : BD 10 - SAREKS NATIONALPARK - Echelle 1:100 000

GPS : Système coordonnées suédois RT90

 

Notre trajet :
SUORVA - Liehtjitjavrre - Bierikjavrre - Sarvesvagge - ALKAVARE KAPELL - Alggavagge - Mikkastugan - Ruohtesvagge - Kisuris - Akkastugan - RITSEM

Nous sommes un petit groupe de trois personnes, Annie, Brigitte et moi Isabelle.

Cette année nous décidons d'entrer dans le Massif du SAREK par le barrage de Suorva. Ce n'est pas l'accès le plus facile mais c'est l'un des plus directs.

Samedi 1er avril 2006

Arrivées hier soir avec un vol de Stockholm, nous avons passé une nuit à l'auberge de jeunesse STF VANDRARHEM de Gällivare auprès de laquelle nous avions fait une réservation téléphonique il y a quelques semaines. Ce matin nous n'avons qu'une heure et demi pour faire les courses et chercher du carburant pour nos réchauds. Le supermarché ICA n'ouvre qu'à 9h00 et le bus pour Ritsem part à 10h30. Brigitte s'occupe de "faire le plein", c'est à dire qu'elle va remplir d'essence (95 sans plomb) les bidons-plastique vides que nous avons ramenés de France à cet effet, pendant qu'Annie et moi allons acheter la liste de courses que j'ai élaborée soigneusement avant de partir : 6 paquets de Knäkke, 21 paquets de gâteaux-secs, 45 soupes, 230 sachets de thé, 28 barres énergétiques, etc... C'est une procédure désormais bien huilée, qui me permet de faire le voyage en avion sans dépasser les 20kg pour les pulkas et donc sans payer de supplément de poids.

Le bus quitte la gare de Gällivare à l'heure prévue, 10h30, en direction de Ritsem. Tous les passagers sauf nous descendent à Kebnats d'où ils vont se rendre à la Fjellstation de Saltoluokta. Ils sont attendus par des motoneiges qui les chargent dans leur remorque pour les faire traverser le lac gelé qui les sépare de la Fjellstation.

Nous sommes les dernières et les seules à descendre au barrage de SUORVA. Il suffit de le traverser par la route qui le longe pour accéder aisément sur la rive opposée du lac. Il fait beau ce qui nous facilite les premiers pas avec notre harnachement pulka et skis. Les premiers kilomètres servent généralement à repérer les endroits où ça coince, équilibrage des cordelettes de traction de la pulka, chaussures trop serrées, frottement inconfortable du harnais, etc. Comme le premier jour est toujours celui où ça grimpe et en même temps celui où la pulka est la plus lourde, on peut dire que la mise en route de notre frêle musculature de bureaucrate est brutale et sans transition ! Aussi nous décidons de ne pas forcer du tout et de planter le camp dès notre arrivée sur l'autre rive, juste à côté de la "rengärde" (enclos servant aux éleveurs de rennes) indiquée sur la carte. Belle soirée à se délecter des premières heures d'immersion dans le grand blanc. -18°C à 18h.

Camp 1 : 1601026E 7492520N - 424m (Système coordonnées suédois : RT90)

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Traversée du barrage de Suorva

Traversée du barrage de Suorva

Dimanche 2 avril 2006

-14°C à 8h. Pour monter dans le massif il y a d'abord 250m de dénivelé à faire en forêt, donc dans de la neige profonde. Je subodore que ça va être un peu galère... Je suggère que nous profitions d'abord de la surface gelée du lac Jiertajavrre puis que nous suivions plus ou moins le vallon de la rivière Sluggajahka car c'est là que les lignes de niveaux sont le moins serrées sur ma carte. Nous faisons les deux premiers kilomètres sur le lac et avons la chance d'apercevoir trois élans qui montent dans la forêt sur notre droite. Grâce aux jumelles on ne voit que trop bien combien leur progression est difficile dans la neige profonde. Nous nous amusons de les voir s'enfoncer jusqu'au ventre, sachant que d'ici peu nous serons nous aussi à la fête, et avec seulement deux pattes, jusqu'où nous enfoncerons nous !

La montée est progressive et les premières pentes nous paraissent abordables. Nous trouvons un cheminement sans trop de difficulté et cet aspect recherche de l'itinéraire nous plaît bien. Ne pouvant cependant pas progresser en ligne droite, ce que j'affectionne pourtant pardessus tout (!), il suffit de contrôler régulièrement le cap avec le GPS pour rester dans la bonne direction. Les traces d'élans sont nombreuses et confirment qu'ils sont bien les "rois de la forêt" comme disent les Suédois.

Dans une partie un peu plus raide nous éprouvons quelques difficultés pour tracter nos "camions" (nos pulkas). C'est fou c'que ça pèse ces engins-là dès que ça monte, des boulets... Donc ça ne sert à rien de s'échiner et de se démettre une vertèbre : une solution toute simple consiste à faire un portage. Nous prenons nos sacs à dos remplis de choses lourdes, thermos, bidons de carburant, tentes etc, et continuons sans les pulkas. Nous arrivons à la limite des arbres et la vue s'élargie désormais. Nous trouvons un emplacement sympa pour monter les deux tentes côte à côte. Un aller-retour pour récupérer les pulkas et hop, nous voilà installées pour la nuit. Seulement 4 km de parcourus aujourd'hui, c'est pas beaucoup...

Beau temps toute la journée - 6h de marche
Camp 2 : 1601636E 7488511N - 623m. Ici nous sommes encore dans le Parc National de Stora Sjöfallet.

Montée avec pulka = galère...!

Montée difficile dans la forêt...

Lundi 3 avril 2006

La progression continue dans un terrain devenu moins raide. Sur les premiers hectomètres nous refaisons un portage sans les pulkas, ce qui permet de mieux repérer un cheminement satisfaisant. Il fait très beau et il y a des traces d'animaux partout. Elans, renards, et lagopèdes s'en sont donné à coeur joie ici. Nous tombons même sur une vielle trace de ski, preuve que d'autres ont également choisi de passer par ici pour rejoindre les hauteurs.

Trace d'envol de lagopède

Trace d'envol de lagopède

Dans la forêt

Vue sur le barrage de Suorva

Un peu plus loin nous trouvons une trace de pulka qui semble plus récente. Nous la suivons quelques temps puis elle aboutit à une trace de campement, avec des murs de neige. Nous poursuivons dans un dévers fort propice au renversement de pulka... Nous y avons droit toutes les trois à tour de rôle. Bon, ne nous énervons pas, il fait grand beau et devant nous le terrain s'améliore. Il n'y a plus d'arbres, deux sommets pointus (Ahpar) apparaissent exactement dans notre ligne de mire. Nous visons la "Renvaktarstuga" indiquée sur la carte et que nous avons mise comme point de repère dans notre GPS. Nous avons dépassé le Slugga, joli sommet pyramidal de 1279m qui domine à notre gauche.

Slugga - 1279m

Traces de glouton

Plusieurs traces de glouton croisent notre route. A la recherche de la meilleure photo, Annie décide de suivre l'une d'entre elles. Celle-ci monte droit vers un gros rocher sous lequel se trouve l'entrée du terrier de l'animal. Un trou gros comme le terrier d'un blaireau s'enfonce dans la neige et part en galeries sous le rocher. Des traces de pattes plus petites se trouvent aux alentours, ainsi que des crottes. Le terrier est habité et nous sommes presque gênées de déranger. Quel privilège pour nous, non spécialistes de la faune sauvage, d'avoir ainsi pu trouver tout à fait par hasard, l'habitat d'un animal aussi rare que furtif.

Pour accéder à la Renvaktarstuga (cabane d'éleveur de rennes) il faut redescendre un peu. A notre gauche il y a un groupe de 4 personnes qui se dirige également vers elle. Ils vont l'atteindre avant nous. Lorsque nous arrivons à la cabane nous constatons avec bonheur qu'elle est ouverte et qu'il n'y a personne. Le groupe ne s'y est pas arrêté et a continué sa route. Que voila une bonne surprise, nous passerons donc la nuit "au chaud" plutôt que dans la tente. Mais je parle trop vite, il faut mettre une croix sur le "au chaud" car il n'y a presque plus de bois. Sur les quelques bûches qui restent nous n'en utiliserons qu'une seule, juste de quoi bruler quelques emballages divers, histoire de réduire un peu nos déchets. Car n'oublions pas qu'ici au Sarek il n'y a pas de poubelles, il faut tout ramener.

A la tombée de la nuit nous apercevons 2 personnes qui ont planté leur tente à quelques encablures de la cabane.

8km de marche. Nuit à la Renvaktastuga : 1597608E 7481953N - 807m
-4°C en journée, -10°C à 16h30.

Le massif Ahpar - 1914m

La cabane (1597608E 7481953N)

Mardi 4 avril 2006

Départ à 8h30 par grand beau temps. Vent faible.
Nous passons à proximité de la tente repérée hier soir. Un des occupants en est sorti, nous nous saluons de loin, mais n'en saurons pas plus sur eux. Un peu plus tard j'observe à la jumelle qu'ils ont tiré leurs deux pulkas jusqu'à la cabane, sans doute pour y prendre le petit-déjeuner, ou pour s'y installer pour un jour de farniente. (J'ai su quelques mois plus tard qu'il s'agissait de Didier Duranton et Bernard Freddi, deux Français. Didier m'a écrit un mail après s'être reconnu dans le récit de cette page web. De quoi regretter de ne pas les avoir inviter à dîner ce soir-là !)

Ensuite nous croisons deux autres tentes qui appartiennent peut-être au 4 personnes que nous avions vues hier soir au loin. Rien ne bouge, ils ne sont pas levés.

Six kilomètres plus loin nous montons vers une autre renvaktarstuga perchée sur une butte. Elle est fermée mais nous faisons tout de même une petit pause dans l'entrée qui est ouverte et juste assez grande pour nous abriter. Assises sur des jericans d'essence entreposés là nous dégustons nos Wasa-knäkke beurrés, saucisson, tomme de Savoie et autres délices préalablement stockés dans le sac de grignotage.

Une large vallée appelée Gukesvagge s'étend juste en face de nous. Elle marque la limite entre les deux parcs nationaux "Stora Sjöfallet" et "Sarek". Une motoneige traverse le lac et disparaît on ne sait où. Le terrain est plat et il y a beaucoup d'étendues d'eau gelée, de sorte que nous avançons bien aujourd'hui. Quelques traces de gloutons.

L'arrivée sur le lac Bierikjavrre (801m) est magnifique, j'ai même envie de dire grandiose : une étendue étincellante de blancheur immaculée, dominée de mille mètres par le très beau Bierikbakte (1789m). Personne à la ronde, les seules traces visibles sont celles des animaux qui fréquentent le lieu. Nous voici entrées de plein pied dans les plus beaux paysages du Sarek. Une pause photo et grignotage s'impose pour s'imprégner de ces trésors. Il faut profiter de tout cela en prenant son temps. S'en mettre plein les yeux jusqu'à en avoir des larmes...

Bierikbakte - 1789m--

Bierikbakte - 1789m

Glace sur le Bierikjahka

Nous décidons de pousser jusqu'à Pielastugan, encore une cabane de gardien de rennes, fermée elle aussi, ce dont nous nous doutions puisque c'est même mentionné sur la carte. Nous plantons le camp assez solidement, ne sachant pas trop si le vent va se lever dans la nuit. Ici nous n'avons plus la protection des arbres, donc il vaut mieux prévenir que guérir.

Nous n'avons que des tentes "2 places" mais en faisant des prouesses de rangement nous arrivons à y tenir à trois, au moins pour prendre le thé. Nous parlons du futur itinéraire. Le but actuel est d'aller jusqu'à Alkavare Kapell, ensuite on verra en fonction du temps qu'il nous reste. Nous décidons d'y aller par la vallée de Sarvesvagge.

Très belle soirée, ciel très clair sans un nuage, un quart de lune, pas de vent, calme absolu. N'est-ce pas-là l'or que nous sommes venues chercher ...?

Camp 4 : 1585300E 7473678N - 802m - 15km de marche, -10 à 11h, -18°C à 21h.

Camp près de Pielastugan

Mercredi 5 avril 2006

Il fait beau mais frais ce matin, -23°C à 7h00. Un peu froid aux mains pour plier le camp... Départ à 9h20 vers l'ouest puis virage à gauche pour descendre dans la vallée. On voit Mikkastugan qui est à 5km à vol d'oiseau. Nous apprécions la vue car nous étions déjà passées par ici en mars 2004 mais avec un temps épouvantable de sorte que nous n'avions pas vu grand chose (voir Sarek 2004).

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Par -23°C le réveil est un peu dur...

La descente est assez raide et demande quelques zig-zag avec les pulkas car elles ne demanderaient pas mieux que de piquer un schouss en ligne droite avec encastrement sur un tronc d'arbre à l'arrivée ! Les derniers mètres sont moins pentus et se prètent à notre sport favori : le pulka-riding. Ca consiste à s'asseoir sur la pulka et à descendre comme sur une luge. J'incite tout promeneur de pulka à essayer au moins une fois, vous m'en direz des nouvelles !

Nous croisons deux garçons avec une pulka et un sac à dos. Ils nous disent "bonjour" de loin. Ah bon, des Français ? Nous échangeons quelques mots et il s'avère qu'ils nous avaient déjà repérées à l'aéroport à Paris. En fait nous étions dans le même avion. Et de plus l'un d'eux dit que nous nous étions déjà vus il y a deux ans à Gällivare où nous étions également dans le même avion pour revenir à Stockholm. Ah oui, je me rappelle qu'en effet nous avions discuté avec un groupe de Français. Ce sont les premières personnes à qui nous parlons depuis que nous sommes parties de Suorva et voilà que ce sont des compatriotes, et que nous nous connaissons par dessus le marché. Incroyable comme le monde est petit !

Un peu interloquées par cette rencontre nous continuons notre route vers le sud. Ici, dans le lit du Rahpajahka il y a de la forêt sur les deux rives et les traces d'animaux pullulent. Nous faisons une petite visite à une hutte lapone indiquée sur la carte comme étant en ruine (förfallen). En fait elle est à peu près en état, et contient même un poêle. Il y a une fenêtre avec une vitre et une porte. Les huttes lapones "Förfallen" sont le plus souvent en ruine comme leur nom l'indique, leur toit est troué et elles sont généralement remplies de neige et sont abandonnées aux éléments. Celle-ci semble tenir le coup, et j'espère qu'elle a un propriétaire qui l'aidera à braver encore un peu le temps...

La suite du parcours est magnifique, une très belle vue sur la vallée Rapadalen et des traces d'animaux à chaque pas. De quel animal s'agit-il ? Nous jouons aux devinettes car nous ne prétendons pas avoir de compétences en la matière. Nous suivons d'abord une trace d'élan, pour constater que lui aussi choisit parfois de marcher dans une trace existante plutôt que de s'enfoncer dans la neige profonde jusqu'au ventre. Il y a une trace de grande taille plus inhabituelle aussi, avec des coussinets mais pas de griffes. Elle suit notre trace sur plusieurs dizaines de mètres ce qui nous permet de bien l'observer. Je suppose que c'est un lynx, car plus gros que lui il n'y a guère que l'ours...

Nous plantons le camp vers 16h comme les jours précédents, afin d'avoir le temps d'en profiter. Un hélicoptère vient faire quelques manoeuvres dans la paroi rocheuse à notre gauche; on dirait qu'il s'agit d'un exercice. Il ne s'attarde pas et repart sur la montagne d'en face puis disparaît. Plus rien ne viendra troubler notre tranquillité. Nous prenons le thé dans la tente de Annie ce soir et glosons sur les évènements de cette belle journée.

Camp 5 : 1581101E 7464269N - 635m. Parcouru environ 12 à 13 kilomètres.

Jeudi 6 avril 2006

Ce matin changement de décor : il neige, la vue est bouchée. Le rangement du camp est "humide", tentes enneigées et abondamment givrées sous le double-toit. Heureusement il y a une piste de motoneige qui nous facilite la tâche pendant 2-3 kilomètres. Mais bientôt elle ne correspond plus à la direction que nous voulons suivre et nous sommes obligées de la quitter et donc de tracer dans la neige fraîche. Nous nous relayons à cette corvée. Il n'y a aucune trace d'un ancien passage, la Sarvesvagge n'est visiblement pas très fréquentée en hiver. Ca monte légèrement, de temps à autre il y a une vague trace de pulka mais dans le "white out" on n'arrive pas à la distinguer. Le point GPS que nous visons ce matin correspond à une Renvaktarstuga. Qui dit "stuga" dit cabane, et il y a toujours un espoir qu'elle soit peut-être ouverte. Comme il fait mauvais nous aimerions au moins nous abriter pour une petite pause.

Eh oui, elle est ouverte ! En en un rien de temps nous sommes d'accord pour échafauder de nouveaux plans basés sur l'idée que nous pourrions passer une nuit ici. Ce n'était pas prévu car nous n'avons fait que 8 kilomètres aujourd'hui, mais nous avons encore une semaine complète à notre disposition et avons une bonne marge de manoeuvre. Nous pourrions faire une étape un peu plus longue demain en allant jusqu'à ALKAVARE KAPELL puis nous verrions quel parcours choisir pour le retour. De toute manière toute décision est liée à la météo, et nous n'avons pas de grenouille prévisionniste dans nos bagages. Nous déciderons au jour le jour.

Purée de poix toute la journée. Et purée + pemmican dans nos gamelles. Pour passer le temps nous déterminons et saisissons dans le GPS de nombreux points de coordonnées correspondant à nos nouveaux projets.

Nuit dans la Renvaktarstuga au pied du Luohttotjahkka : 1573030E 7464139N - 792m
8km de marche. -10°C à 18h.

Vendredi 7 avril 2006

Il fait mauvais ce matin encore, le paysage est toujours bouché et il y a du vent. Départ à 7h50 pour quelques dizaines de mètres de dénivelé jusqu'à 910m environ. Le vent souffle assez fort dans le col mais heureusement il est de dos. De petites surfaces gelées offrent un peu de bleu dans le blanc qui nous cerne.

Quelques mètres dans une flaque en cours de dégel ont suffit a mouiller les peluches sous mes skis et voilà que la neige s'y colle en gros paquets de glace. Et la pulka fait de même. Me voilà scotchée, comme si on m'avait mis une ancre... Seule remède : déchausser les skis et gratter la glace qui s'est formée sur les peluches, et sur les patins de la pulka.

Mauvais temps dans la vallée Sarvesvagge

Nous faisons une pause, dans le vent pour une fois. Car il faut dire que nous n'avions eu que de petites brises les jours précédents. Dans la descente notre cadence augmente et le vent se calme un peu. La visibilité reste mauvaise, nous suivons aveuglément notre point GPS. Le soleil ne semble pas loin mais il ne parvient pas à percer franchement jusqu'à nous. Nous arrivons sur un lac qui n'a pas de nom sur la carte. Il est couvert de belles sastrugis dignes de la calotte du Groenland. Ca change de la neige profonde. Sur cette surface bien soufflée la progression est bonne et bientôt nous voyons Alkavare Kapell au loin. Le GPS indique qu'il reste 4,5km. Il faut encore descendre sur le lac Alggajavrre, le traverser, puis remonter de 80m sur l'autre rive.

A 14h50 nous touchons au but, un peu déçues car la stuga à coté de la chapelle est verrouillée. Nous voilà plantée dans le vent à la recherche de la meilleure idée pour établir le camp. La chapelle est ouverte mais remplie de neige. Nous y entrons pour discuter à l'abri du vent. Il faut pelleter pour se frayer un espace.

En évacuant quelques mètres cubes de neige nous constatons qu'il y a une estrade avec un autel en bois, et des bancs. Après deux heures de pelletage nous avons réussi à créer une plate forme assez large pour nous installer. Le vent reste violent toute la soirée et nous ne mettons plus guère le nez dehors. Ayant passé toute la journée dans le vent nous aprécions d'être enfin à l'abri. Nous avons ouvert les volets de deux fenêtres sur quatre afin d'y voir un peu plus clair.

Ayant fait une vingtaine de kilomètres aujourd'hui, malgré la dégradation de la météo, nous avons tout lieu d'être satisfaites. En kilométrage nous voilà à la moitié du parcours à la fin de cette première semaine. Pour demain nous décidons de revenir vers l'intérieur du massif par la vallée Alggavagge jusqu'à Mikkastugan.

Nuit à la Chapelle de Alkavare : 1560672E 7472600N - 840m

Déneigement de la chapelle Alkavare Kapell

Samedi 8 avril 2006

Il fait beau ce matin, le vent est toujours présent mais bien moins fort qu'hier. La journée commence par notre activité préférée : une partie de luge assises sur nos pulkas. Il faut redescendre au niveau du lac, ce qui fait presque cent mètres de dénivelée, youpiii !

Le lac Alggajavrre est gelé et tout étincelant au soleil. Les grandes surfaces en glace vive ont ma préférence car la pulka n'y pèse plus rien et c'est une sensation amusante. Elle suit le mouvement sans la moindre résistance. Elle fait ce qu'elle veut, elle monte sur vos skis avec élan, elle passe parfois devant vous et se met en travers, elle virevolte de droite et de gauche à la moindre impulsion. Il y a chute parfois, mais ce n'est pas grave et on rigole beaucoup ! Je traverserais bien la terre entière sur un miroir de glace...

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Sur le lac Alggajavrre

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Dans la vallée Alggavagge

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Antécime du Skarvatjahkka - 1726m   Ahkatjahkka - 1974m

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Après trois kilomètres sur le lac le cheminement gagne la rive et continue en très légère montée. Autour de nous se dressent de belles parois à l'aspect alpin malgré une altitude modeste qui frise à peine les deux mille mètres. Au bout de la vallée Alggavagge, peut avant son confluent avec Guohpervagge on franchit un grillage qui barre toute la vallée sur plus de deux kilomètres de long. Il y a là une renvaktarstuga mais elle est fermée. La pente est descendante et pour se rapprocher le plus possible de Mikkastugan nous faisons encore quatre kilomètres et installons le camp sur les bords de ce qui semble être un lac mais qui n'a pas de nom sur notre carte. Joli camp au calme et au soleil, en continuité avec cette belle journée de beau temps.

Camp 8 : 1578924E 7476202N - 691m. 20 kilomètres de marche. -9°C en journée.

Notre camp au sud de Mikkastugan

Dimanche 9 avril 2006

Il fait doux ce matin, seulement -6°C, ce qui se traduit par une météo maussade. Il a un peu neigeoté durant la nuit car les pulkas sont saupoudrées de neige. Les premiers mètres sont raides en direction de Mikkastugan et nous galérons quelque peu pour trouver un passage carrossable avec nos pulkas. Il nous faut même déchausser. Mais Mikkastugan n'est qu'à 1 kilomètre et bientôt la cabane apparaît juste en face de nous. Il faut contourner le ravin qui nous sépare d'elle et dans lequel coule la rivière Smajllajahka (Smaila). Normalement il y a ici une passerelle qui l'enjambe, mais elle est démontée en hiver afin d'empêcher sa détérioration. Quand il y a de la neige et que la rivière est gelée sa traversée à pied ne pose pas de problème.

Nous revoyons Mikkastugan avec une certaine émotion, surtout en retrouvant nos noms dans le carnet de bord qui est déposé dans le local du téléphone. Nous les y avions inscrits il y a deux ans, le 26 mars 2004 exactement. Mikkastugan est signalé sur les cartes du Sarek mais il faut savoir qu'elle est TOUJOURS fermée. Seul le local-téléphone est ouvert.

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--Le refuge de Mikkastugan et la passerelle amovible

 

Le téléphone et son mode d'emploi
(Cliquez dessus pour agrandir)

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Aujourd'hui le vent est modéré mais le ciel est couvert et on ne voit pas les sommets. C'est dommage car nous avions vaguement envisagé de monter au Stortoppen, point culminant du massif du Sarek. Mais si c'est pour être dans le white-out pendant des heures, ça ne nous motive guère. D'autant plus qu'il n'y a aucune trace qui y monte. C'est donc sans trop de regrets que nous continuons notre chemin vers Ruohtesvagge.

Bien qu'en étant déjà passée par ici il y a deux ans, je ne reconnais rien. Tout est différent, en 2004 je pensais que ça descendait là où aujourd'hui j'ai l'impression que c'est plat. Et il en sera ainsi presque toute la journée. Le fait d'avoir une visibilité différente et une météo de type white-out (tout est blanc et sans contour) fait qu'il n'y a rien de commun avec les sensations visuelles éprouvées lorsqu'il fait beau. En 2004 nous avions fait ce tronçon par grand beau temps et cette fois c'est le contraire. Les beaux sommets qui bordent cette grande vallée sont invisibles, noyés dans le coton. Heureusement qu'en dessous de cette couche il y a tout de même un peu de visibilité. Ainsi pendant plusieurs heures nous avons en point de mire le pied rocheux du Gisuris qui est un excellent point de repère. Dans son alignement il y a une renvaktarstuga, ce qui nous intéresse au plus haut point. Pendant longtemps elle reste obstinément cachée à notre vue et ce n'est qu'à moins d'1 kilomètre de distance qu'elle apparaît enfin.

Joie de courte durée : la renvaktastuga est fermée. On s'en doutait un peu tout de même... Pas grave, on va s'installer à côté avec notre duo de tentes vert et orange. Quelques travaux de terrassement sont nécessaires car le terrain est loin d'être plat, mais nous avons de l'entraînement maintenant. Nous tombons d'accord toutes les trois pour conclure que la journée d'aujourd'hui a été la plus mauvaise depuis le départ. Pas de soleil, pas de traces, pas de sommet, pas d'animaux, pas de cabane ouverte.

Et pas de randonneurs non plus... c'est le 4ème jour consécutif où nous n'avons vu personne. Le carnet de bord de Mikkastugan comportait à peine une vingtaine de noms depuis le début de l'année, ce qui confirme le peu de fréquentation du massif en hiver.

Camp 9 : 1571111E 7486573N - 912m. -8°C à 20h30. 15km de marche.

Lundi 10 avril 2006

Il fait à nouveau beau aujourd'hui. Et le terrain est en descente à partir de maintenant, génial ! Aux jumelles nous avions vu hier soir une marque bizarre dans une bute de neige. En s'en approchant il s'avère que c'est l'entrée d'une grotte de glace qui semble avoir été creusée tout récemment. Du travail de pro, bravo à ceux qui ont exécuté ce bel ouvrage !

Au moment de quitter l'endroit, arrive un groupe de trois randonneurs, deux garçons et une fille, des Suédois. Ils font le même parcours que nous avions fait il y a deux ans, de Kisuris vers Aktse. Ah, enfin un peu de vie humaine. Il est vrai que nous approchons de la sortie du massif, mais ce seront finalement les seules personnes rencontrées aujourd'hui.

En arrivant à la sortie de la vallée Ruhtesvagge la vue s'élargie vers la droite. Je trouve l'endroit fabuleux, dominé par le Gisuris, le Nijak et le massif Ahkka. C'est mon endroit préféré du Sarek et j'y retrouve les mêmes sensations de plaisir qu'en 2004. On est un peu en hauteur, les montagnes dominent et pourtant la vue est large et lointaine. Le Nijak est fantastique dans son manteau de neige et de glace, j'adore ce sommet et ne cesse de lui dire combien je le trouve beau !

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Nijak - 1922m

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Nous faisons une visite à la hutte lapone en ruine qui se trouve au pied du Gisuris. On ne peut pas la rater, elle est quasiment sur le chemin et n'est pas entourée d'arbres, donc bien visible. Contrairement au refuge de Kisuris, qui lui est bien caché dans la forêt...

Heureusement que nous avons saisi le point dans notre GPS, ça permet de viser droit dessus. Car si l'on en juge par les nombreuses traces de piétons, skieurs et pulkas, on voit bien qu'ils ont galéré quelque peu pour le trouver. D'autant plus que la neige est fort épaisse ici dans les arbres, là où le vent n'a pas de prise sur elle. Je suppose que les jurons en toutes langues ne doivent pas être rares autour de Kisuris !

A notre arrivée il y a un couple de Suédois déjà installé. Carl et Marie sont de Stockholm et font le chemin appelé "Padjelanta" qui longe le Sarek sur son flan Ouest. Nous avions fait ce parcours en 2003. Nous passons une soirée sympa en leur compagnie.

Mardi 11 avril 2006

Carl et Marie sont partis vers Laddejakka. C'est une longue étape, d'autant plus que Marie a une chaussure défectueuse. Nous l'avons collée tant bien que mal hier soir avec les moyens du bord, colle et bande adhésive. (Depuis, nous savons qu'ils sont arrivés à bon port et Marie m'a écrit qu'à force d'avoir eu droit à des réparations successives selon les nationalités rencontrées, sa chaussure ressemblait à un "EU-project" à la fin de leur raid !)

La météo présente la version "tempête de ciel bleu", il faut donc mettre cet élément à profit. Nous décidons de faire l'ascension du Sjpietjav 1041m, un petit sommet au sud du refuge, distant d'à peine trois kilomètres.

Dans la montée il y a des traces d'élans à profusion, mais ils ont eu le temps de nous voir venir et ce sont cachés à notre vue. C'est la première fois depuis le départ que nous nous déplaçons sans les pulkas, et ça nous change agréablement ! Vue d'en bas nous ne savions pas trop si la pente serait praticable en ski de fond avec peaux de phoques, mais il s'avère que ça passe bien. Vers le haut le terrain est très soufflé avec quelques parties un peu glissantes. Toutefois nous arrivons au sommet sans difficultés.

La vue est splendide sur les stars du coin : Gisuris, Nijak et Akka. Il y a aussi les lacs : Akkajaure au nord, avec Ritsem que nous rejoindrons après-demain, Kutjaure Sallohaure et Vastenjaure au loin. Au-delà de ses trois lacs on distingue des montagnes déjà situées en Norvège. Quelle belle vue !

Pour la descente nous préférons laisser les peaux de phoques sur les skis de fond, sauf Annie qui a de vrais skis de rando. Notre style est un peu clownesque certes, mais nous arrivons en-bas sans encombre.

Nous décidons de passer une deuxième nuit au refuge de Kisuris. Nous sommes seules ce soir dans notre cabane, mais il y a un groupe qui s'est installé dans une cabane à coté de la nôtre, dont ils avaient la clé. Il reste à chercher de l'eau au ruisseau d'à côté, à l'emplacement prévu à cet effet, puis nous avons toute une soirée de farniente devant nous. Comme hier soir, on entend arriver une motoneige vers 19h. C'est le gardien (stugvärt) qui vient encaisser le prix de la nuitée, 250 SEK (couronnes suédoises) par personne.

Mercredi 12 avril 2006 - de Kisuris à Akkastugan.

Ce matin il fait beau comme hier. Décidément, d'un point de vue météorologique c'est de loin la meilleure année que j'ai eu depuis que je promène une pulka derrière moi, c.à.d. depuis 1998.

En quittant le refuge de Kisuris il faut descendre sur le lac Kutjaure pour le traverser. Nous suivons d'abord une piste de motoneige. Elle semble aller tout droit sur le village sami de Kutjaur. Nous quittons la piste et bifurquons à droite vers la forêt. Quelle bonne idée nous avons eu là ! Non seulement il y a de la descente à pulka à faire, activité dont nous sommes friandes, mais il y a surtout des lagopèdes un peu partout. Chut, pas de bruit, faut pas les effrayer..! Nous les observons pendant un long moment, appareils photo et caméra aux poings. Le bois que nous traversons est truffé de traces d'animaux, ça se voit qu'ils trouvent ici de quoi se nourrir.

Sur le lac de Kutjaure il règne une certaine activité. Des pêcheurs sont installés un peu partout, assis devant leur trou creusé à la chignole, avec la motoneige à proximité, ainsi qu'une remorque généralement. De temps en temps un de ces engins passe à côté de nous en nous saluant de la main. Parfois le chargement se compose de toute la famille, le chauffeur avec femme, enfants, et chien. Les Suédois aiment la "Friluftsliv", la vie en plein air.

Le fleuve Vuojatädno est en cours de dégel. Déjà du refuge de Kisuris on l'entendait gronder, à deux kilomètres de distance. Il faut le contourner, ce qui ne pose aucun problème puisque le chemin est balisé, même sur le lac lui-même. Une fois sur l'autre rive on retrouve le balisage d'hiver habituel, des poteaux surmontés d'une croix rouge, comme sur la Piste Royale.

Il reste 10km à faire jusqu'à Akkastugan, dont quelques tronçons sont en descente. Chic alors ! On ne va pas se priver de rigoler une dernière fois, assises sur nos pulkas. La boîte de chocolat en poudre qui avait stoïquement résisté à ce mauvais traitement, n'a cette fois pas tenu le choc. Elle est presque vide et de ce fait a fini par être éventrée pour de bon, à force de me servir d'amortisseur dans les descentes... C'est un peu le même sort qui attend la boîte de lait en poudre, et les derniers vestiges de gâteaux secs.

Par rapport au Sarek, qui était désert et sans traces, c'est ici l'autoroute ! Les motoneiges ont tracé de vrais boulevards sur lesquels il est aisé et agréable de tirer sa pulka. On ne s'enfonce pas et ça glisse bien. Le ciel s'est progressivement voilé en cours de journée, mais on peut dire qu'il fait encore beau. Aussi nous décidons de ne pas dormir au refuge de Akka mais de monter une dernière fois les tentes. Nous les plantons à cent mètres du refuge.

D'ici j'arrive même a téléphoner à mes parents avec un portable. La liaison n'a pas vraiment pu être établie. A deux reprises, suite à la sonnerie, je perçois que le téléphone a été décroché à l'autre bout puis plus rien. Ils doivent bien se douter que c'est moi, et ça suffit à les rassurer. Au moins ils savent que nous sommes sorties du massif.

Ce soir il fait tellement doux que nous prenons le temps de traîner dehors. Brigitte et Annie restent même à l'extérieur pour manger, pendant que je fait la popote bien à l'abri de la tente. Pour terminer la soirée en beauté nous observons encore aux jumelles 4 élans au pied du Ahkka, loin de l'autoroute des motoneiges.

Brigitte et Annie-- C'est moi !

Hum, la bonne soupe !

Dernier jour, camp en face du massif de l'AKKA

Jeudi 13 avril 2006 - de Akkastugan à Ritsem.

Voila, c'est notre dernière étape aujourd'hui. C'est la troisième fois que je traverse le lac Akka gelé. Comme à chaque fois le vent y souffle fort. Un essai pour sortir ma voile de traction Nasawing se solde par un décollage en trombe suivi d'une chute. Après trois essais infructueux pour lever la voile nous renonçons. Le vent est décidément trop fort.

Plus nous approchons du milieu du lac, plus nous sommes secouées. Heureusement il y a quelques rochers derrière lesquels on peut s'abriter le temps d'une pause. Nous croisons un ou deux groupes de randonneurs et autant de motoneiges. A l'approche de Ritsem le lac est dégelé, le balisage fait un grand détour pour éviter le piège.

Ca y est, je mets le pieds sur la rive. Je me retourne et m'adresse à haute voix au massif de l'Akka : "Salut toi, je m'en vais mais je reviendrai te voir, c'est sûr...". Du coup je n'ai guère d'émotion en m'éloignant d'ici, tellement j'ai la certitude d'y revenir dans l'avenir. Ca fait plusieurs années que je viens en Laponie et je commence vraiment à m'y sentir chez moi. Préparer un raid à ski chaque année est devenu un plaisir quasi rituel. J'y suis plongée de décembre à mars, puis c'est le voyage lui-même, puis je reste sur mon nuage pendant encore plusieurs semaines, le temps d'écrire la page web qui s'y rapporte. Comme celle-ci que vous êtes entrain de lire...

Si vous avez envie d'aller promener votre pulka dans le Sarek, j'espère que vous aurez trouvé quelques renseignements utiles dans ce récit. N'hésitez pas à m'écrire si vous avez des questions. En attendant faites de beaux rêves !

De retour à Ritsem


.Renseignements utiles : voir ma page FAQ

 


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