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Ascension du Huascaran (suite)

Le camp 2 du Huascaran vers 5900m

Mercredi, 24 juin 1992
Le guide nous réveille à 2h du matin. Notre sommeil a été perturbé par le manque de place autant que par le manque d'oxygène! Préparer le déjeuner est une manoeuvre d'une complexité inimaginable quand on est à trois dans une tente de deux places, avec de gros sacs de couchage, à presque 6000m d'altitude, et en pleine nuit. Tout cela se fait à la frontale, les pieds dans le sac dont on ne veut pas perdre la chaleur, les bras tendus hors de la tente pour ramasser la neige à faire fondre, la tête baissée pour ne pas cogner le réchaud suspendu au plafond. Nous avions pris soin de remplir nos gourdes hier soir et les avions garder au chaud dans le sac de couchage pour qu'elles ne gèlent pas. Nous n'avons pas à plier les tentes puisque nous y revenons ce soir.

A 3h15 nous partons en deux cordées. Il fait nuit noire et la progression se fait à la frontale. Arrivés à la Garganta, la selle neigeuse qui sépare les deux sommets du Huascaran, nous tournons à droite vers le sommet sud qui est le point culminant. Nous arrivons à ce fameux mur de glace dans lequel l'on pose des cordes fixes quand on est nombreux. Il fait encore nuit et on ne voit pas où se termine ce mur. Les deux guides Bruno et Augusto s'engagent séparément chacun avec sa cordée. Ce serait mieux si nous avions deux piolets chacun, car on est sur les pointes avant sur toute la longueur et ce n'est pas une sinécure au-dessus de 6000... De plus la glace est un peu pourrie ce qui n'est pas génial pour faire des relais. Bref il vaut mieux assurer ses pas et ne pas poser les pieds n'importe comment. Entre temps le soleil s'est levé et on y voit plus clair.

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Augusto Ortega dans le mur de glace

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La montée se poursuit plus difficile que je ne le pensais. Difficile n'est pas le mot exact au demeurant, non, ce qui m'impressionne c'est de sentir qu'en cas de chute de l'un de nous, c'est toute la cordée qui part en bas. Dans bien des endroits, notamment les traversées, il est interdit de s'emmêler les pinceaux. A la montée ça passe bien finalement, mais je stresse à l'idée d'avoir à repasser par-là à la descente.

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Isabelle Meyer

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Notre guide Bruno Douillet

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Cela ne m'empêche pas cependant d'éprouver un immense plaisir à évoluer sur les flans de cette montagne. Le paysage alentour est magnifique, la météo est parfaite, et je réalise que chaque pas me rapproche du sommet. Une fois la dernière crevasse franchie il reste 200m de dénivelée. C'est vite dit mais c'est long à parcourir. A chaque bosse on pense que c'est la dernière, mais non, il y en a encore une autre. Mais ce n'est pas un problème, le terrain est plus homogène que tout à l'heure et on peut garder son rythme. Je suis aux anges, je sais que nous atteindrons le sommet maintenant, et ces derniers pas sont un délice de bonheur. Je vois apparaître des montagnes derrière la bosse devant moi... cela signifie que cette bosse-là est bel et bien la dernière.

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La dernière crevasse vers 6550m

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L'émotion monte en moi, la même que j'ai déjà éprouvée au sommet de l'Aconcagua. Bruno se retourne et nous ouvre ses bras. Seuls au monde là-haut où plus rien ne nous domine nous nous laissons aller tout à notre joie. Il est 11h30, nous restons une vingtaine de minutes, à faire des photos, à repérer les sommets environnants. Le sommet est très large. Le vent est assez fort et nous nous entendons à peine parler. Repartir est toujours un dilemme, mais il fait froid et il faut y aller. Après coup on regrette toujours de ne pas être resté plus longtemps, de ne pas avoir fait plus de photos. Mais à cette altitude on perçoit les choses différemment, c'est étrange et d'autant plus difficile à expliquer à ceux qui n'y sont pas encore aller.

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Au sommet du Huascaran - 6768m

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Vers 17h nous sommes de retour au camp où nous attendent nos hôtes péruviens sans lesquels nous n'aurions pas fait ce sommet aussi facilement. Augusto, Marcellino, Julio et Javier ont été des compagnons charmants et absolument dévoués. Qu'ils soient remerciés de tout coeur de leur gentillesse ainsi que tous les Péruviens qui nous ont apporté leur aide.

 

 

Augusto ORTEGA
à gauche sur cette photo est devenu quelques mois plus tard, en octobre 1992, le premier Péruvien à atteindre le sommet de l'Everest.

(en 1992 il dirigeait l'agence de trekking MONTTREK basée à Huaraz)

 

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Page créée le 25 juin 1999
par : Isabelle Meyer
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