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Lundi 18 mars 2002
Jour de repos

Mardi 19 mars 2002
Notre prochaine destination est le refuge de Landmannalaugar. Il est à 54 km de Jökulheimar et nous espérons l'atteindre en deux jours. Nous partons très tôt ce matin afin de faire la plus grande distance possible aujourd'hui. Il y a un autre refuge moins loin d'ici, c'est celui de Veidivötn, d'où l'on peut également rejoindre Landmannalaugar, mais il est sur un chemin différent que l'on nous a plutôt déconseillé. Quand elle est bien gelée il vaut mieux suivre la rivière Tungnaa. On nous a dit toutes sortes de choses la concernant : que le vent peut y être très fort et vous recouvrir de neige si vous ne faites pas attention à l'emplacement où vous posez le camp, qu'elle peut dégeler sous vos pieds pendant la nuit (glups !), qu'elle présente des trous dans lesquels on peut tomber, qu'on y marche dans l'eau quand il fait trop doux, etc. Charmantes perspectives.
Mais comme il a fait très froid ces derniers jours, dans l'immédiat nous ne pensons pas avoir de problème de dégel. Nous avons saisi une bonne douzaine de points GPS que nous avons choisi stratégiquement sur la carte. Comme nous n'aimons pas les détours nous tirons en ligne droite dès que le terrain le permet et rasons les angles au maximum. S'il y avait un concours de la distance la plus courte de Akureyri à Landmannalaugar nous serions certainement parmi les meilleures !
Ici sur la Tungnaa nous nous en donnons à coeur-joie. Le début de matinée est couvert mais le soleil s'installe progressivement. Le terrain est très plat et nous avons démarré directement sans peaux de phoques. Les skis à écailles sont parfaits dans ces conditions, il faut seulement pousser un peu plus fort sur les bras, qui ne tardent pas à s'en plaindre. Brigitte fait la trace presque toute la matinée et visiblement elle est en forme. A dix heures nous avons déjà tartiné 10 kilomètres. Le vent ne nous vole pas nos cacahuètes cette fois et les pauses sont un vrai bonheur. Avec une telle moyenne nous pouvons nous permettre de multiples pauses photos et c'est le moment car il y a un paysage fabuleux autour de nous : des parois verticales à faire mourir de plaisir des falaisistes, des étendues blanches aux dimensions antarctiques, et puis cette neige étincelante partout. C'est vraiment notre plus belle journée.

Sur la Tungnaa

La rivière est très large à certains endroits, et bien gelée. Nous ne voyons que quelques rares affleurements d'eau que nous n'avons aucun mal à contourner. Nous battons aujourd'hui notre record de distance à pied avec pulka : 36 kilomètres, à la force du jarret, sur le plat bien entendu, et sans "aide" telle qu'une voile de traction. Il faut en laisser un peu pour demain, alors on va s'arrêter là pour aujourd'hui.

Malgré les conseils de Einar, nous plantons le camp en plein milieu de la rivière. En principe nous orientons la tente en fonction de la direction du vent, mais ce soir il n'y a pas un souffle et nous hésitons quelque peu. Finalement nous la posons "dos" au sud, puisque c'est le vent du sud qui est le plus méchant. La soirée est aussi agréable que la journée, malgré un Nième démontage du réchaud pour cause de diffuseur bouché. Le white gas que nous avons acheté à Reykjavik semble être de mauvaise qualité car le réchaud s'est bouché tous les trois à quatre jours. L'année dernière nous avions de l'essence "sans plomb 95" qui est au moins cinq fois moins cher, et le réchaud ne s'était bouché qu'une seule fois au bout de 11 jours.

Camp de rêve sur la rivière Tungnaa

Mercredi 20 mars 2002
Après une nuit calme mais froide nous prenons notre temps pour le démontage. Le temps est beau comme hier et nous pensons boucler les 18 derniers kilomètres en une demi journée. Les premiers kilomètres sont un enchaînement de lignes droites comme je les affectionne. De plus le terrain est en légère descente ce qui ne gâche rien. Mais après une heure de ciel bleu, le voilà qui se voile peu à peu, et il y a un nuage sombre qui approche depuis le sud. Nous nous doutons bien que c'est fini pour la journée, le temps va changer. Et très vite le paysage change aussi. Du merveilleux panorama bleu et blanc il passe au blanc sur blanc. Heureusement nous avions prévu (et saisi) notre dizaine de point GPS comme les jours précédents. Ainsi dès que l'on ne voit plus le paysage il suffit d'allumer de temps en temps le GPS pour contrôler sa direction.

Malgré ces précautions nous cafouillons un peu à deux kilomètres de Landmannalaugar. Nous avons passé sous la ligne électrique, puis nous cherchons à suivre le tracé de Einar qui traverse tout droit le bassin de la rivière Jökulgilskvisl en la longeant par sa rive droite. Comme nous sommes dans la configuration "blanc sur blanc" nous ne voyons pas le relief, et pour compliquer encore l'affaire, nous sommes à un endroit qui fait la jonction entre trois cartes. Au bout de quelques centaines de mètres sur la rive droite de la rivière nous décidons de rebrousser chemin, car cette rive n'est qu'une succession de vallonnements dont on ne voit pas bien où ça descend pour rejoindre la plaine. Nous n'avons vu que des jonctions de type "falaises" qui n'offrent guère que la version "chute avec pulka" si on s'y aventure. Quoi qu'il en soit nous avons perdu assez de temps et décidons de faire le détour par la route.

Nous rejoignons le pont en bois facilement repérable et suivons tantôt la route tantôt des traces de motoneiges. La neige est très molle ici, après quelques heures de réchauffement seulement, alors que ce matin elle était dure comme du béton. Il nous reste à traverser la rivière à 300 mètres du refuge. Nous avons appris plus tard qu'il y avait aussi moyen d'éviter ce gué. Enfin, nous on a fait trempette comme c'est marqué dans les livres ! et avons mouillé les chaussures de trekking pour cela. L'eau n'est pas très profonde mais il faut faire deux aller-retour pour porter les pulka.

Le pont enjambe cette rivière pour rejoindre Landmannalaugar

Gué à proximité de Landmannalaugar

A Landmannalaugar le gardien est un peu surpris de notre présence. Il attend des groupes de 4x4 mais n'a pas entendu parler de notre arrivée. Ah bon ? Pourtant dans notre forfait de nuits en refuge il y doit bien y avoir une réservation dans celui-ci aussi, puisqu'il est sur le parcours. Mais nous avons compris car nous avons l'habitude : "on" n'a pas jugé utile de prévenir le gardien car "on" a sans doute pensé :"les deux nanas elles n'arriverons jamais jusqu'à Landmannalaugar". Eh bien si. Et elles ont même ouvert la voie pour cette saison !

Alors, une fois qu'on est à Landmannalaugar, qu'est ce qu'on fait ?
On pose les skis, on pousse la porte du refuge, on fouille dans sa pulka pour trouver le maillot de bain, et on file à grandes enjambées à la rivière d'eau chaude (celle du gué, vous vous rappelez !). Je vous jure que cette plongée de l'air froid dans l'eau à 40° est un délice indescriptible. Jouissif !

 

Bain chaud à Landmannalaugar

Comme convenu, nous appelons Einar le guide islandais avec le téléphone qu'il nous avait confié. Nous ne devons nous en servir qu'en cas de secours mais nous avions aussi la consigne de l'appeler depuis Landmannalaugar même si c'est pour dire que tout va bien.

A l'origine nous voulions faire la traversée complète nord-sud, c'est à dire jusqu'à Skogar. Mais déjà lors de la réunion préparatoire Einar avait l'air de dire que le dernier tronçon entre Landmannalaugar et Skogar n'était pas très adapté aux pulkas. Il faut remonter en altitude et traverser une chaîne de montagne, ce qui est bien différent et plus difficile que le parcours qu'on vient de faire. De plus il nous a parlé de corniches, de pentes verglacées, de rivières non gelées à traverser, etc. Bref on a compris que c'était une idée un peu saugrenue aux yeux des Islandais et qu'il n'y avait guère que les étrangers pour vouloir faire absolument ce tronçon-là avec des pulkas. Donc nous voilà devant la décision à prendre : poursuivre ou s'arrêter ici. Einar nous donne des nouvelles maussades concernant la météo des jours à suivre. Il fera mauvais jusqu'à dimanche avec un important redoux et des vents forts de jeudi à vendredi. Cela ne nous donne guère envie de mettre le nez dans une zone alpine qui présente déjà des difficultés par beau temps, d'autant plus qu'il n'y a pas de trace et qu'il faudra encore chercher son cheminement tout seul. Nous nous laissons le temps de la réflexion et remettons la décision à plus tard.

C'est alors que nous voyons arriver deux skieurs avec des pulkas depuis la rivière. Pleines d'intérêt pour ce genre d'individus nous nous précipitons à leur rencontre ! "Hy, where do you come from ?" lançais-je à la fille (c'est un couple). "Tu es française, non ? J'ai reconnu ton accent !" me répont'elle. Ah, eh bien voilà qui va faciliter la conversation ! Et elle poursuit :"Tu ne serais pas Isa ? Nous savons par les livres de bord des refuges que nous sommes précédés par deux filles Isa et Brigitte. Et il y a encore un couple de Français derrière nous qui ne va pas tarder. Ils vous connaissent aussi." Ah mais c'est fou. Vous croyez être seul au monde en Islande en hiver, et voilà que vous êtes connu comme le loup blanc (enfin presque !).

Enfin nous voilà bientôt tous réunis autour d'une table, Manu et Cécile, Manu (non, ce n'est pas le même) et Bénédicte, à se raconter avec moult enthousiasme nos aventures respectives. Un régal. Comme il fait mauvais nous restons 2 jours ensemble et tergiversons quant à la conduite à tenir par rapport à la météo. Chaque groupe prend une décision différente. Les deux couples sont les plus courageux et les plus entreprenants. Ils décident de poursuivre, Manu et Cécile vont poursuivre vers l'Hekla pour ensuite revenir vers Hraftinusker. [Le récit et les photos de leur traversée se trouve sur leur site http://membres.lycos.fr/flowair/]. Manu et Béné décident de faire la traversée normale directement vers Hraftinusker et Alftavatn. Ils vont cependant attendre que le temps s'améliore. Quant-à nous, nous n'avons pas envie de perdre 4 jours à attendre. Nous préfèrerions rejoindre Reykjavik pour louer une voiture et faire un peu de tourisme. Mais pour cela il faut trouver un moyen de revenir à la route vers Sigalda. Nous savons que l'enneigement sera insuffisant dès que nous perdrons de l'altitude et avec une pulka ça reste un vrai problème. Le gardien nous dit cependant qu'il attend beaucoup de groupes en 4x4 et qu'il y aura sûrement moyen de se faire emmener. Donc nous sommes confiantes et attendons les taxis potentiels.

Vendredi 22 mars 2002
Pas de 4x4 à l'horizon, au point que même le gardien s'en inquiète. D'après lui il y a toujours du monde pour le week-end. Mais dans l'après-midi ils y a deux messieurs qui arrivent en motoneige et qui prennent leur bain dans la source chaude. Brigitte rentre en conversation avec eux et leur glisse un mot de notre recherche de taxi. En fin d'après-midi au moment de repartir ils nous proposent de nous emmener. Ils ont un chalet dans les environs et proposent de nous y ramener, d'y dormir et de revenir à la route où ils ont leur voiture le lendemain. Génial !

Le retour au chalet ne se passe pas sans encombre. Ma pulka a un "accident" et se retrouve un peu écorchée, la toile déchirée, quelques oeillets arrachés... Le mauvais temps commence à s'installer et on n'y voit rien, mon chauffeur perd de vue son précédent et nous perdons un peu de temps à retrouver le chemin. C'est une expérience nouvelle pour moi, je n'ai jamais mis les pieds sur une motoneige et trouve l'aventure plutôt sympa. Je suis confortablement assise en passagère avec des poignées chauffantes pour me tenir. Brigitte est sur un autre modèle de skidoo et n'a rien pour se tenir, elle est moins enchantée, car manque de tomber à tout bout de champ. Ils naviguent au GPS, des engins de luxe avec toutes sortes d'indications. Le nôtre semble dater de l'ère préhistorique à côté ! Nous faisons une halte près d'un groupe de 4x4 dont l'un est passé au travers de la couche de glace. Il est sérieusement scotché et ils bataillent ferme pour le sortir. "No problem" nous dit Tryggvi, un de nos chauffeurs, "They enjoy these problems." Ah, ils aiment ça. Et oui, il y a sûrement plein de gens qui aiment faire vroum-vroum avec des 4x4. D'ailleurs si vous n'avez pas vu de près des 4x4 islandais, vous n'avez pas vu de 4x4. Visez un peu ces incroyables engins avec leurs grosses pa-pattes :

Donc nous voici arrivés au charmant cottage de Tryggvi. Le vent est déjà très fort et nous nous dépêchons de nous mettre à l'abri. Les messieurs nous apprennent qu'ils sont pilotes de ligne, Tryggvi chez Islandair, Mekkino chez Lutfhansa. Ils sont là pour leur week-end et reprennent leur travail lundi. Ils nous font à manger un incomparable "steak" de mouton (une saveur introuvable chez nous) avec un excellent vin rouge bien de chez nous (quand on sait le prix que ça coûte là-bas !). Bref, dehors c'est la tempête, mais nous sommes au paradis sur terre. C'est la plus belle surprise de notre voyage. ....Dès le lendemain allait suivre la plus mauvaise.

Samedi 23 mars 2002
La nuit a été confortable malgré le bruit assourdissant du vent. Le lendemain matin il n'est pas question de partir dans ce temps épouvantable, il faut attendre. Nous jouons au cartes et apprenons quelques annonces en anglais. Et moi qui ne sais même pas jouer aux cartes en français...

Vers midi le vent s'apaise et bientôt les conditions sont jugées satisfaisantes par nos hôtes. Arrimage de pulkas et ski sur les motoneiges. Arrimage des passagères aussi. Aujourd'hui c'est moi qui me retrouve sur le skidoo où on ne peut pas se tenir correctement, et je comprends très vite pourquoi Brigitte n'était pas au mieux là-dessus hier soir. Je me cramponne comme je peux. Bientôt j'en attrape des crampes dans mes bras et prie pour que ça ne dure pas trop longtemps. La neige s'est transformée en soupe et plus nous descendons plus ça devient une succession de piscines. Bientôt un des skidoos s'embourbe dans la neige. Nos pilotes manoeuvrent comme ils peuvent. Avec une corde ils se tirent mutuellement pour se liberer. A peine l'un est sorti que l'autre reste scotché à son tour. Arrive ce qui se profilait à l'horizon : les deux engins sont immobilisés définitivement dans un mètre de neige fondante. Les deux pilotes sont dans la neige et l'eau jusqu'au ventre. Les pulkas sont dans l'eau. Un de mes skis est cassé. Il n'y a que notre sac à dos (sur notre dos heureusement) qui ait été sauvé de ce naufrage. Heureusement dans ce sac il y a le précieux téléphone de Einar. Le téléphone des pilotes ne marche pas, sans doute parce qu'il est mouillé. A 14h30, ne voyant pas d'issue, Tryggvi appelle ses amis et organise une aide. Nous sommes très embêtées de les avoir entraînés dans cette misère. S'il ne nous avaient pas emmenées ils ne se seraient peut-être pas enfoncés autant et auraient pu atteindre la route.

Nous sortons et montons la tente pour nous mettre à l'abri. Il ne fait pas froid heureusement mais les pilotes sont mouillés et si on doit passer la nuit dehors ça va être délicat car il n'y a pas de place pour quatre personnes dans la tente et il n'y a que deux sacs de couchage. Nous leur donnons des affaires pour se changer mais nos pulkas ayant baigné dans l'eau il n'y a plus grand chose de sec. C'est la totale cette fois.

Théoriquement il faut 2 heures de Selfoss jusqu'ici, mais à 20h il n'y a toujours rien à l'horizon. Un coup de fil nous informe que les 4x4 ont du mal à passer car tout est dégelé , ils sont dans 1 mètre d'eau. Vers 21h, alors qu'il fait nuit, ils nous rejoignent enfin. Il y a deux 4x4 avec deux personnes chacun : un chauffeur et un passager vêtu d'une combinaison en néoprène. Ils nous accueillent avec une bouteille de vin rouge et des sandwich. Chapeau, messieurs les Islandais ! Rien que pour ces instants magiques ça valait le coup de s'embourber.

Mais l'aventure n'est pas finie. La caravanne de deux voitures et deux skidoos repart mais très difficilement. Tous les 200 mètres il y en a un qui reste coincé. Nous n'avons jamais rien vu de pareil. Sur des kilomètres tout est sous l'eau mélangée à de la neige. Les gars à la combi néoprène marchent devant, de l'eau jusqu'aux hanches où la taille, pour repérer la piste sous leur pied. Je rappelle qu'il fait nuit. C'est totalement inconsistant et je constate qu'à pied avec les pulkas nous n'aurions jamais pu passer. Il aurait sans doute fallu attendre que ça regèle. Voilà aussi l'explication pourquoi les 4x4 qu'attendaient impatiemment le gardien de Landmannalaugar ne sont jamais arrivés. Ils n'arrivaient tout bonnement pas à passer.

Cette équipe qui est venue nous chercher est visiblement très expérimentée. Sans stress, avec un certain plaisir même ("They enjoy it" avaient'ils dit !), ils manoeuvrent des dizaines de fois d'avant en arrière lorsque le véhicule doit sortir d'un trou. Leur savoir faire est impressionnant. Aucun rapport avec les scènes genre Paris-Dakar. Pas de passage en force. Tout est fait en douceur avec doigté. On dirait qu'avec leurs grosses pa-pattes (les roues) ils tâtent le terrain. Bref nous avons pris une belle leçon de 4x4.

C'est à 3h30 du matin que nous arrivons à Reykjavik après une journée mémorable, bien différente de celle que nous avions imaginée au réveil. Bien sûr il est trop tard pour aller à l'hôtel. C'est Mekkino qui nous reçoit dans sa villa merveilleusement située sur une langue de lave, avec vue grandiose sur la mer. Douche et dodo.


Les jours suivants nous louons une voiture et faisons du tourisme sur la côte sud et ouest. Les beautés de l'Islande sont innombrables et fascinnantes. Jökulsarlon, Gulfoss, Geysir : autant de sites fabuleux qui nous donnent un aperçu du côté unique de ce pays qui pourtant est européen. Pas de doute, il faudra revenir !

FIN

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