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Il s'agit d'une mini-expé que j'ai organisée en ayant recours à GNGL pour une partie de la logistique. Pour ceux qui veulent faire de même, vous trouverez ici un préambule qui pourrait vous être utile.

Dimanche 10 mars 2002
Arrivées vendredi soir à Reykjavik nous avons passé la journée d'hier à faire les derniers préparatifs. Nous avons rencontré Einar Torfi, un guide islandais qui nous a fait un bon breefing sur le trajet à suivre, puis il nous restait à acheter le carburant et quelques bricoles pour compléter l'ordinaire de nos rations. Nous avons passé deux nuits à l'auberge de jeunesse et prenons aujourd'hui le bus pour Akureyri. Départ à 15h de la gare routière de Reykjavik, arrivée à 21h à Akureyri. Le bus s'arrête plusieurs fois le long du trajet. La longueur des arrêts est annoncée par le chauffeur (de 3 à 25mn) ce qui permet aux passagers de se ravitailler et de prendre une collation. Un taxi nous attend à l'arrivée. Installation à l'auberge de jeunesse. Le soir même nous avons la chance de voir une superbe aurore boréale juste au-dessus de la ville. Nous en verrons d'autres dans les jours suivants mais aucune n'avait la luminosité de celle-ci, malgré les lumières parasites de la ville.

Lundi 11 mars 2002
Sven, un guide islandais nous emmène en 4x4 vers le point de départ. L'enneigement est bon et il nous dépose près de la dernière maison au fond de la vallée.
Sur la route F821
Vers 800m sur le Tungnafjall Il nous a précisé que nous sommes les premières à faire la traversée cette année et qu'il n'y a aucune trace. En effet dès que nous quittons la route F821 il s'agit de faire notre navigation nous-même. Ca monte très fort sur les flans du Tungnafjall, ce qui n'est pas une mince affaire avec une pulka bien pleine ! Il faut monter de 200 à 900 m.

D'ailleurs à propos, combien elles pèsent vos pulkas me direz-vous? Eh bien comme nous avons pesé jusqu'au dernier gramme je peux vous le dire.

Sur les pentes du Tungnafjall
Voyons voir : dans l'avion nous avions 80 kg (79,425 kg précisément... je vous l'avais dis : jusqu'au dernier gramme !) dont 10 kg par personne en bagage à main et 60 kg en soute. A cela se rajoute 6 litres de carburant, 400 g de beurre et quelques paquets de Knäkke que nous avons achetés à Akureyri. On a aussi rempli les gourdes. Donc si on enlève le poids des skis (5,150 kg pour les 2 paires + 540 g de peaux de phoque), des bâtons (1 kg pour les 4) et des choses que l'on porte sur soi (environ 5 kg par personne) il reste : 88kg moins 17kg = 71kg pour les 2 pulkas. Cela fait donc
environ 35 kg par pulka, dont 18 kg de rations alimentaires qui vont diminuer au fil des jours.

Mais revenons à la montée sur le Tungnafjall. C'est trop raide pour les skis, il faut déchausser. Bientôt nous arrivons à la hauteur d'une ancienne piste vaguement visible. Nous l'avions repérée depuis la vallée et nous décidons de la suivre car elle offre en effet le meilleur cheminement. Par endroit c'est bien ferme, voire gelé, et le poids de la pulka tire magistralement vers le bas. Nous mettons les crampons et constatons immédiatement leur efficacité. Nous avions hésité à les emmener mais finalement il nous servent dès le premier jour ! (Nous n'en aurons cependant plus besoin ensuite).

Nous sommes parties un peu tardivement ce matin et les six cent mètres de dénivelé que nous venons de faire nous ont amenées à 18h déjà. Le crépuscule dure longtemps certes mais nous aimerions trouver le refuge de Bergland avant la nuit. Mais justement nous avons du mal à le trouver car il n'est pas indiqué sur notre carte et nous avons deux points GPS différents, un que nous avons trouvé sur Internet et un autre que nous a donné Einar et ils sont distants de un kilomètre.

Ca commence bien, si déjà le premier jour nous ne trouvons pas le refuge... Nous pensons même l'avoir dépassé sans le voir et comme il commence à faire sombre et un peu frais (-15°C) nous envisageons vaguement de monter la tente. Mais je ne m'avoue pas encore vaincue et je persiste. Un moment donné j'aperçois sur notre gauche un gros bloc qui pourrait être une maison, mais des gros blocs qui ressemblent à des maisons on en a déjà croisé quelques-uns ce soir... et justement, ce n'était PAS des maisons. Mais celui que je vois là-haut sur la butte s'avère bel et bien être le refuge de Bergland et c'est avec plaisir que nous nous y installons. Il est 19h passé et dans le refuge il fait quasiment nuit, c'est l'effervescence pour trouver la frontale que nous n'avons évidemment pas pris la peine de repérer lors du rangement ce matin. On ne sait même pas dans quelle pulka elle est planquée, la vilaine. En attendant on se contente des bougies car j'ai tout de même l'habitude d'avoir toujours un briquet en poche.
Comme nous avons payé d'avance les nuitées on nous a bien confirmé que nous pouvions nous servir du chauffage. Dans ce refuge il y en a deux, mais ni l'une ni l'autre n'avons jamais vu ce genre de chauffage, d'ailleurs nous le voyons à peine puisqu'il fait nuit. Nous ne sommes pas de la lune mais vraiment les poêles à mazout et à gaz islandais ça nous pose une colle pour l'heure. On aurait pu nous prévenir et nous donner quelques indications tout de même. Et de râler contre les guides qui ont oublié de nous éclairer sur ce point...
Nous préparons d'abord à manger puis Brigitte retourne ausculter l'un des chauffages, avec la frontale qui est sortie de sa cachette entre temps. Et bientôt on entend des bruits puis un cri de victoire. Ca y est ! Elle a mis en route le chauffage à gaz, bravo. Enfin, disons qu'elle a appuyé sur un bouton et que rien n'a explosé, c'est du bol ! (Non non, elle ne se fâche pas quand j'écris des trucs comme ça, soyez rassurés) Le deuxième chauffage est une espèce de poêle à mazout qui ressemble à un poêle à bois. Mais, dans le doute, nous ne faisons pas même une tentative. Comme nous avons déjà vécu une histoire d'
incendie de refuge nous préférons nous abstenir de tout geste maladroit ! C'est aussi pour cela que nous éteignons le chauffage à gaz pendant la nuit. On n'est jamais trop prudent ! Oui, on a aussi vécu une histoire d'intoxication au gaz carbonique... (enfin pas nous-même, mais des personnes de notre groupe).

Refuge BERGLANDMardi 12 mars 2002
Ce matin je ne suis pas bien réveillée. En quittant le refuge sans faire attention je pars tout droit dans une mauvaise direction. Heureusement Brigitte est moins dans la lune que moi et me demande après cinquante mètres où je compte aller ainsi. Eh bien, moi qui suis généralement si sûre de mon sens de l'orientation, me voilà rhabillée pour l'hiver. Donc il faut que je me réveille car on a un bon bout de chemin devant nous aujourd'hui (23km jusqu'au refuge de Laugafell, connu pour ses sources d'eau chaude), et j'ai horreur de faire des détours par ma propre étourderie ! Je m'applique donc à suivre la direction préconisée par Einar. Elle ne suit pas le chemin indiqué sur la carte mais tire tout droit vers le sud-est jusqu'à croiser la piste F821. C'est un des avantages en cette saison : les obstacles infranchissables en été (trous, étendues d'eau, marécages) sont recouverts de neige et on fait moins de détours. Mais alors pourquoi tirer vers le sud-est puisque Laugafell est plein sud ? Eh bien, parce qu'Einar nous a expliqué que c'est plus accidenté et qu'on ne cesse de monter et de descendre. Nous pas vouloir monter et descendre, nous vouloir marcher sur le plat, car nous vieilles et fatiguées. ...Oui je vois, vous êtes curieux et vous vous dites : mais quel âge ont-elles ? Alors j'en profite pour faire les présentations :

Brigitte est made in Germany (elle est bavaroise) et moi je suis made in France (je suis alsacienne). Voilà vous savez tout et on va revenir à notre sujet.

Brigitte (1963)

Isabelle (1959)

 
Sur la piste F821 Croisement à 4 km de Laugafell

Dans une météo un peu laiteuse mais qui laisse une visibilité potable, nous faisons 15 km en ligne presque droite, laissant de côté les cairns et les bornes jaunes qui apparaissent de-ci de-là en début de trajet. Chemin faisant le temps se couvre et le soleil ne passe plus guère à travers la couche de nuages. Au croisement avec la piste F821 nous devons bifurquer à angle droit vers la droite en direction de Laugafell mais la piste n'est sans doute pas très visible et nous craignons de la dépasser. Mais par bonheur nous arrivons droit sur un poteau jaune (visible sur la photo ci-dessus) et il est même possible de repérer la piste sur quelques dizaines de mètres. Nous la suivons de temps à autre, entre des tronçons entiers où elle disparaît et où pas même les poteaux ne dépassent. Cette fois nous avons les coordonnées exactes du refuge et il nous suffit de faire le point de temps en temps avec le GPS. Nous l'allumons le moins possible pour économiser les piles. Une petite descente avec quelques cailloux vicieusement cachés sous la neige et voilà les premières éraflures sur la pulka toute neuve de Brigitte. Arrivée sans encombre à Laugafell où se trouvent plusieurs maisons.

Arrivée à Laugafell Cependant nous n'avons plus le courage de nous plonger dans la piscine d'eau chaude car il est tard et il fait froid. D'ailleurs elle est où cette piscine ? On nous a dit qu'elle est à 10 mètres du refuge. Nous sommes allées droit sur la maison de droite qui est la seule ouverte nous avait dit Einar, et il y a bien un trou béant devant la porte mais ça ressemble plutôt à de l'eau froide car la neige autour n'est pas du tout fondue. D'ailleurs dans le brouillard il faut faire attention à ne pas y tomber. Bref, nous verrons ça demain. La porte est déjà un peu déneigée ce qui dénote d'un passage récent. Quelques coups de pelles suffisent pour finir le travail. Une agréable chaleur nous accueille à l'intérieur, car le refuge est chauffé en permanence par des radiateurs alimentés par la source chaude. Allez trouver cela ailleurs dans le monde, un refuge non gardé chauffé 24h sur 24, été comme hiver ! Ce pays est extraordinaire.

Mercredi 13 mars 2002

Depuis hier soir la météo s'est dégradée. Il souffle cet affreux vent du sud dont Einar nous a parlé, un vent chaud et humide qui vous fait fondre des tonnes de neige en quelques heures et vous transforme le paysage à une vitesse sans égale.
Première constatation : ce n'est pas avec un temps pareil que nous allons pouvoir prendre le bain tant attendu. D'ailleurs nous n'avons pas mis les pieds dehors et ne savons toujours pas où est la "baignoire" d'eau chaude. Peut-être que les "hidden people", très présents dans ce pays, nous font une farce et jouent à la "hidden piscine" ?

Ca nous embête de perdre déjà une journée à attendre alors que nous venons juste de commencer. L'anémomètre affiche 50 à 60 km/h mais ça me paraît tout de même jouable. Brigitte est plus réticente mais elle ne me l'a dit que plus tard, une fois que nous étions parties ! Donc voilà, nous partons dans le vent. C'est un vent de face pour tout arranger. Par prudence nous préférons suivre la piste plutôt que de tracer directement plein sud en sortant du refuge, bien que c'est là le tracé du guide. Il y a une rivière à passer et avec le réchauffement je crains que nous ne passions à travers les ponts de neige, où même qu'il n'y ait plus de pont de neige. Dans ce cas la piste est certainement plus sûre. Pleine de bonne volonté nous galérons sans avancer de façon significative. Le vent s'engouffre dans nos Gore-tex chargé d'une neige mouillée et collante à souhait. On croirait que les Gore-Tex sont poreux tellement on est trempé au bout d'un moment. La caméra et l'appareil photo sont inutilisables sous peine de noyade immédiate. Nous les mettons à l'abri dans la pulka de Brigitte. Au bout de deux heures de galère nous finissons par conclure que nous avons bien vu ce que c'était ce fameux vent du sud et que ça suffisait pour aujourd'hui. Demi-tour, on rentre à Laugafell (hé-hé, comme ça il y a une deuxième chance d'aller à la piscine !). Nous reprenons nos traces pour le retour mais elles sont peu visibles, déjà effacées par le vent. La visibilité est réduite et tout est blanc uniforme, genre white out, purée de pois, enfin vous m'avez compris. J'insiste là-dessus car c'est notre seule excuse pour expliquer l'incident qui va suivre. Je marche devant, Brigitte à deux pas décalée sur ma droite. Soudain, du coin de l'oeil, je la vois s'affaisser sur ses skis et disparaître dans le néant, puis plus rien : du blanc uniforme tout autour de moi. Je sursaute et m'arrête immédiatement car je viens de comprendre que nous sommes dans un dévers duquel elle a dérapé pour tomber, ...où ? Je ne vois pas la forme du terrain mais je la sens car en effet j'ai un ski plus haut que l'autre, et peut-être que c'est une corniche ? Comment le savoir ? Ma première pensée est de me sortir moi-même de ce mauvais pas, sans tomber au même endroit que Brigitte et de lui tomber dessus avec ma pulka. Je tente de reculer doucement mais dès que je tire un peu sur la pulka celle-ci tourne et se met dans la pente avec élan. Je la retiens vigoureusement et me dépêche de sortir de la pente, j'enlève les skis afin d'être plus stable sur mes pieds et les plante dans la neige. Ma deuxième pensée est que Brigitte est peut-être tombée dans l'eau, voire entrain de se noyer. Tout ça n'a pris que quelques secondes et au moment où j'arrive près de son point de chute, avant de la voir elle, je vois des pointes de ski qui bougent. Ah tout va bien, ouf. Mais elle a tout de même eu une grosse frayeur. Deux mètres où plus de chute verticale lui ont coupé le souffle mais elle est indemne. Elle n'était finalement pas tombée dans l'eau mais sur la berge, à quelques centimètres près seulement. Par contre... la pulka a atterri le nez dans l'eau, et dans le nez il y a la caméra. En revenant au refuge nous déballons les affaires mouillées et les étendons partout sur les radiateurs. Le vent continu de sévir le reste de la journée et la nuit suivante. Nous nous occupons à diverses tâches, et je me décide à déboucher l'évier qui est plein à ras bord d'un liquide peu ragoûtant depuis notre arrivée hier soir. Un souvenir laissé par des gens intelligents qui ont cru sans doute qu'ils étaient dans leur maison confortable lorsqu'ils ont vu le robinet. L'eau coule effectivement puisqu'elle vient de la source chaude, mais il est évident que l'écoulement d'évacuation est gelé à cette période de l'année ! Non seulement ils ont fait la connerie, mais ils ont laissé leur saleté derrière eux.

Préparation des points GPS pour le lendemain Ah j'oubliais : non, on n'a pas pris de bain chaud, et on a renoncé à localiser la piscine. Mais si vous avez bien lu il ne vous a pas échappé que la pulka de Brigitte, elle s'est baignée, elle. Le problème est que la caméra qui a fait trempette par la même occasion, avec sa sacoche, ses batteries et son film, elle ne marche plus... Plus du tout du tout. On n'arrive même pas à éjecter la bande magnétique. Bon, mais Brigitte elle marche encore et c'est l'essentiel ! L'Islande nous a donné un aperçu de ses pièges et on va se tenir à carreau dans les prochains jours.

Jeudi 14 mars 2002
Pour rattraper un peu le temps perdu hier, nous partons très tôt ce matin dans l'intention de nous rapprocher au maximum du refuge de Nyjidalur. Il est à 36 km et Einar nous a dit que parfois les groupes le font en une seule étape pour éviter de camper sur le Sprengisandur où les vents sont souvent très violents. Ca m'étonnerait que nous fassions une telle distance, sauf peut-être s'il y avait de la descente, mais ce n'est pas le cas.
Pas de perte de temps avec la navigation ce matin car nous avons fait une "reconnaissance" hier comme chacun sait. Je sors le grand jeu et marche à la boussole aujourd'hui, histoire de ne pas perdre la main. Mais ce n'est pas un exploit car la première partie est commune avec la piste F752 puis on la quitte en coupant tout droit à travers l'impressionnant Sprengisandur pour la retrouver de l'autre côté le long des montagnes. La météo est calme (couvert mais bonne visibilité) et ça fait du bien de traverser cette immense étendue en pouvant jouir du paysage.

Sur le Sprengisandur, à 8 km de Nijidalur Ca nous plaît d'être aussi isolées tout en étant sans inquiétudes. C'est assez rare et nous savourons ces instants. Nous avons enlevés les peaux de phoques et notre rendement est satisfaisant. A 16h45, après 28 km nous choisissons d'établir le camp non loin de la route, sur laquelle il ne nous restera plus que 8 petits kilomètres à faire demain matin jusqu'au refuge.

Vendredi 15 mars 2002
Au petit matin il n'y a pas un souffle et la journée s'annonce bien. Nous plions tranquillement le camp et partons vers Nyjidalur. Les poteaux jaunes qui jalonnent la piste nous dispensent de toute concentration inutile puis la direction de notre repère GPS nous autorise à nouveau à couper tout droit en shuntant les méandres de la route.

Au fond le refuge de Nyidalur

Nyidalur

Lors des derniers kilomètres le vent se lève et nous apprécions d'arriver tôt au refuge, vers 11h. C'est un grand refuge avec des dizaines de matelas partout, de quoi loger un régiment. Ah, et puis il y a un poêle à mazout du même genre que celui de Bergland. Et comme il fait jour cette fois, on n'a pas d'excuse, il va falloir s'appliquer pour trouver comment il marche. Après quelques minutes c'est dans la poche. Nous restons dans la cuisine en attendant que ça chauffe dans la grande pièce à côté où il y a les tables. Vers 14h un bruit de moteur émerge couvrant les hurlements du vent. C'est un groupe de motoneiges qui s'arrête prendre le casse-croûte avant de continuer vers Myvatn. Il fait mauvais tout la journée et nous sommes bien contentes d'être à l'abri. Nous étudions minutieusement notre navigation pour demain, car il n'est plus question de suivre une piste à compter de maintenant. Il faut remonter à 1000 mètres, passer entre plusieurs sommets, trouver un passage précis pour redescendre vers un lac artificiel et naviguer dans des champs de lave. C'est un programme qui demande un peu plus d'attention que celui des jours précédents. Mais en fait tout dépend de la météo. Par beau temps tout le monde arrive à s'orienter, on voit les repères et les obstacles de loin, mais quand on n'y voit rien c'est une autre histoire.

Samedi 16 mars 2002
La matinée se passe bien, après quelques heures plutôt laiteuses voici le soleil. Nous sommes sur les hauteurs à présents et nous apprêtons à redescendre en pente douce. Peu à peu le vent s'installe et nous pousse dans le dos, ce que nous apprécions plutôt. Nous trouvons sans trop de mal le passage qui permet de descendre le plus facilement vers le lac Köldukvislarbotnar et tombons pile sur une trace de 4x4. Mais nous ne la suivons que peu de temps, juste de quoi faire la jonction avec le lac. Il est gelé et présente une belle surface plane qui devrait nous faciliter la progression. Mais nous ne pouvons pas enlever les peaux de phoques car le vent est trop fort et vient de biais ce qui provoquerait des glissades incontrôlées.

Bientôt les pauses deviennent difficiles car le vent nous emporte les cacahuètes de la main, et nous regrettons de ne pas avoir apporté de sac-bulle comme nous en avions au Groenland. C'est quoi ça un sac-bulle ? Eh bien c'est un grand sac en toile fine très résistante, genre toile de parapente, que l'on enfile sur sa tête lors de la pause si le vent est trop fort. Il est suffisamment grand pour qu'il englobe tout le haut du corps et que l'on puisse s'asseoir dessus sur sa pulka afin qu'il ne s'envole pas. Et là-dessous vous avez un confort insoupçonné pour prendre votre thé et vos gâteaux à l'abri du vent. Nous l'avons souvent utilisé lors de la traversée du Groenland et je vous assure que c'est génial comme procédé.
Pendant plusieurs heures notre seul point de repère est ce volcan qui émerge au-dessus de la neige soulevée par le vent. Il fait 1281 mètres d'altitude et s'appelle Sydri-Haganga sur notre carte.
Bientôt nous arrivons sur notre premier champ de lave. Un vrai dont on dirait qu'il est tout frais, avec des bouts de lave pointus et coupants, un qui laisse des traces sur les skis et sur les pulkas. Un vrai champ de mines... Au début on cherche à contourner le moindre cailloux, mais il n'y a rien à faire, une pulka qui a "fait l'Islande" ne peut pas revenir indemne ! ...A moins de la porter sur son dos.

Sur ces photos on a l'impression qu'il fait beau car il y a du soleil, mais ne vous y fiez pas, il y a aussi un vent à décorner les boeufs, et le vent ne se voit guère sur les photos...! Ca fait un moment déjà que nous sentons qu'il est de plus en plus violent. L'hélice de notre anémomètre est incrustée de neige gelée et ne nous est d'aucune utilité pour mesurer sa vitesse. On ne s'entend plus parler. Vers 14h30 nous arrivons à la fin du champ de lave et devant nous s'étend une surface vierge de tout objet qui pourrait servir de point d'amarrage pour la tente. Nous choisissons donc de rester sur le champ de lave afin d'y trouver de quoi nous "ancrer". Un gros morceau qui dépasse d'au moins deux mètres offre un peu d'abri. On va monter la tente ici. Ce n'est pas facile quand on n'est que deux. L'une est occupée uniquement à maintenir la toile tout au long du montage afin qu'elle ne flotte pas trop violemment, pendant que l'autre fait le montage étape par étape. Ca demande de la patience et une certaine concentration. Un gant est si vite envolé quand on le lâche. Un problème nouveau pour nous se présente. Par le passé nous avions souvent eu l'occasion de monter des tentes par grand vent, mais nous étions plus nombreux, et c'était toujours des tentes munies de "pattes", c'est-à-dire des rallonges de toile le long des bords inférieurs. C'est un bord d'une vingtaine de centimètres de large qui doit être recouvert de neige dont le poids maintiendra la tente au sol. C'est très efficace et c'est fait en quelques pelletées. Mais, vous l'aurez deviné, notre tente n'a pas de bords et nous mettons beaucoup plus longtemps que d'habitude pour la monter et l'ancrer correctement dans ce foutu vent. Nous n'avons que quatre ski à enfoncer aux quatre coins de la tente. Deux d'entre eux ne s'enfoncent pas beaucoup car il y a une couche de glace en-dessous. Je leste les bords et l'abside avec des sacs de neige et une pulka que je couvre de neige également pour l'immobiliser. Je fait aussi un semblant de mur de neige tout autour. Pendant ce temps Brigitte est rentrée dans la tente (c'est encore le meilleur moyen de l'empêcher de s'envoler) et déballe nos affaires. Au bout de deux heures d'effort nous voici enfin toutes les deux à l'abri, non sans être désagréablement impressionnées par le temps qu'il nous a fallu pour le montage. Nous prenons la ferme décision de rajouter des "pattes" à notre tente dès notre retour...

Dimanche 17 mars 2002
Au petit matin ça souffle toujours très fort et nous sommes pessimistes quant à notre départ. Il y a 48 kilomètres de Nyjidalur jusqu'au refuge de Jökulheimar et hier nous avons réussi à n'en couvrir que 18. Donc il reste encore 30 km jusqu'au refuge. Nous n'avons guère envie de plier le camp si c'est pour le monter à nouveau dans les conditions déplorables d'hier. Si nous partons c'est pour faire les 30 km d'un coup pour être à l'abri le soir, sinon il vaut mieux attendre une amélioration. Nous faisons le petit déjeuner en vitesse pour être prêtes au cas où. Il y a un dicton islandais qui dit : "Si la météo ne te convient pas, attends une demi-heure !". Rien n'est moins vrai ! Une demi-heure plus tard les rafales de vent donnent des signes de recul. Elles sont moins nombreuses et moins violentes. C'est sûr, ça va se calmer. Nous nous dépêchons de plier bagages car il nous faudra bien une dizaine d'heures pour faire les 30 km. Et ça suppose de faire du 3 km/h de moyenne (pauses comprises), ce qui dans un champ de lave n'est pas le cas (en tout cas pour nous) à cause des slaloms obligatoires imposés par la configuration du terrain. Mais dès que c'est plat et régulier nous dépassons les 3 km/h heureusement.

Volcans à droite, volcans à gauche, volcans de tous les côtés ! Nous sommes cernées !
Nous ne découvrons cet encerclement que ce matin, hier nous n'avions rien vu à cause du vent qui soulevait la neige partout autour de nous.

Photos ci-dessous :Voilà à quoi ressemble un champ de lave. On a une barrière de cailloux noirs devant soi et on cherche à voir de loin s'il vaut mieux viser droit dessus, le contourner par la droite, ou par la gauche.

- Et là, je passe où... ? Nous sommes dans le Tröllahraun, le Champ des Trolls, certainement une des parties les plus pénibles. D'après la carte il y a du champ de lave jusqu'à Jökulheimar et nous commençons à nous demander combien de temps il va nous falloir pour rallier le refuge si le terrain est comme ça tout du long...

Mais en fin de compte ça s'arrange progressivement. Certes sur la carte il n'y a qu'un type de marquage pour la lave, mais dans la réalité il y a des endroits plus "carrossables" que d'autres. Les dix derniers kilomètres sont très praticables et il y a un palier de descente fort sympathique où nous nous empressons d'enlever les peaux. Depuis midi le vent s'est totalement couché, comme si on avait tourné un bouton. La fin du parcours est agréable et nous nous étonnons d'y trouver encore du plaisir après 30 kilometres ! Nous apercevons un mât sur une butte et suivons la trace de 4x4 qui y monte. Il faut remettre les peaux de phoques pour ces quelques mètres. Le refuge n'est finalement pas sur la butte mais un peu plus loin en contrebas. Nous sommes les seules clientes ce soir et étalons nos affaires en long et en large. Refuge JökulheimarEtant devenues expertes en poêles islandais nous ne perdons pas une minute pour tourner manettes et boutons afin de chauffer la maison. Il faut dire que nous avons ici à faire à un modèle différent des précédents mais qui présente l'avantage de ressembler au poêle à mazout qu'avait mes parents autrefois. Et ce n'est pas peu fière que je brandis un allume-feu enflammé et le jette au fond du poêle. Ca marche du premier coup ! A en juger par les traces noires visibles dans le goulot du réservoir et le couvercle fondu qui protège l'arrivée du combustible, je conclus que certains de nos prédécesseurs avaient moins la science que nous...!

La soirée est superbe. Beau coucher de soleil, et une aurore boréale en prime. Je coure d'une fenêtre à l'autre pour la voir, mais c'est dehors qu'on la voit le mieux. Cependant je ne m'éternise pas trop car il fait -21°C. Un délice de dormir au chaud ce soir, surtout dans la perspective d'un jour de repos demain.

 

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