2007 - KAYAK au GROENLAND - (suite)


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-Linaigrettes

Dimanche 5 août 2007

Nos prévisions étaient justes, il y a bien un grand ciel bleu ce matin. En soi c'est une bonne chose, mais il y a un inconvénient majeur lié à cette configuration météo car cela signifie que nous aurons le vent de face toute la journée. Et ça ce n'est pas une bonne nouvelle du tout. Mes petits bras pas musclés en frémissent d'avance.

Pour ressortir du fjord de Tasilaq ça va, mais dès que nous arrivons à la jonction avec le fjord d'Angmagssalik le vent forcit. C'est l'heure de la pause de midi, et le guide nous propose d'attendre plusieurs heures jusqu'à ce que le vent faiblisse à nouveau pour continuer dans de meilleures conditions. Soit. La vue est splendide et la sieste prolongée au soleil ne nous déplait pas.

Les occupations de manquent pas. Sylvain va chercher des moules, Emeline et Pierre-Yves vont à la pêche, Brice bricole un morceau de filet qui traînait sur la plage. Il y en a qui ont toujours de la lecture à portée de main, quant à moi je fais des photos et me délecte du paysage. C'est tellement fabuleux d'être ici, cette nature sublimissime m'enchante et ne veux pas en perdre une miette.

En fin d'après-midi nous reprenons nos kayaks, et donnons un dernier coup de collier pour traverser le fjord jusqu'à l'autre rive. Débarquement dans une anse en face de l'île Ingmikerteq. Le terrain est un peu vallonné mais finalement chaque tente trouve un emplacement correct, pas trop pentu. De toute façon, vu les efforts fournis nous n'aurons pas de mal à dormir.

La pêche a été bonne, il y a de la morue au dîner ce soir. Et voilà notre ami le renard polaire qui, par l'odeur alléché, s'invite à nouveau à table. Il est collant et dès qu'on a le dos tourné il met son nez partout, pas farouche pour un sou. Il sait qu'il n'a rien de grave à craindre de nous. Nous avons bien un fusil dans nos bagages, mais il n'est évidemment pas prévu pour chasser le renard, mais uniquement pour se défendre en cas de rencontre avec un ours. Et moi je les adore ces petits renards, même s'ils me volent mes barres énergétiques pendant que je dîne dans la tente mess. C'est tellement beau d'approcher ces animaux dans la nature qu'il ne me viendrait pas à l'idée de m'en plaindre ou de les chasser, hormis l'ours blanc que je préfère savoir loin de moi !

15 km

Lundi 6 août 2007

Aujourd'hui le temps est un peu couvert. Il y a deux lacs à proximité de notre campement, un petit et un grand. Les lignes de pêches sont mises à l'eau et il y aura encore du poisson pour compléter le dîner. Il y a aussi de petits sommets aux alentours et il n'y a que l'embarras du choix pour se promener à pied. Partout on a une vue étendue sur le fjord. Je le scrute longuement à la recherche d'un jet de baleine, mais rien...

Une chose à signaler: pour ce genre de voyage la moustiquaire est indispensable. Pas tant à cause des moustiques mais à cause des moucherons. Ils ne piquent pas certes, mais ils sont nombreux et vraiment très pénibles et quand vous en avez une nuée autour de la tête ça devient intenable. Si les moustiques sont effectivement tenus à distance par les produits à la citronelle, ce n'est pas le cas de ces moucherons qui ne semblent pas du tout incommodés par les spray anti-moustiques. La moustiquaire est la seule parade pour avoir un peu de répis.

Nous plions le camp après le repas de midi car l'étape n'est pas très longue aujourd'hui, une douzaine de kilomètres à peine. Les deux derniers sont fatigants car le vent qui est contre nous pendant tout le trajet se met à souffler de plus en plus fort. Des vaguelettes nous passons aux vrais vagues et les armatures de nos kayaks font une démonstration éclatante de leur souplesse. Bon, ça fait du bien d'arriver au camp et de couper les moteurs, c.à.d. de mettre les bras au repos. Encore qu'en débarquant ce n'est pas fini, il faut sortir les kayaks ce qui est un exercice très sportif, puis il faut monter le tipi (tente-mess) et les tentes. Et sortir de la combinaison étanche n'est pas facile non plus. En ce qui me concerne il me faut même de l'aide pour ouvrir la fermeture éclair...

L'endroit est sympathique, on va rester ici pour deux nuits. Il y a une petite pelouse sur laquelle nous avons planté la tente-mess, et il y a de nombreux endroits planes et sans cailloux pour mettre les tentes. Une petite cascade livre de l'eau fraîche et à quelques mètres au-dessus il y a des "baignoires" pour se baigner. Et pour une fois il y a du bois flotté en masse sur la plage, de quoi faire un généreux feu de bois. Un endroit de rêve pour le randonneur en kayak.

Sylvain nous prépare les moules qu'il a ramassées l'autre jour. C'est succulent, tout le monde se régale. Il fait doux, nous mangeons dehors autour du feu de bois. Comme presque chaque soir il y a un petit apéro qui circule, juste de quoi mettre un peu de convivialité.

A la tombée de la nuit nous entendons les jets d'une baleine dans le fjord mais il fait trop sombre pour voir l'animal lui-même.

Camp 7 : 66° 47' 34'' Nord - 37° 07' 23'' Ouest - 12 km - Temps couvert avec éclaircies.

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Mardi 7 août 2007

Jour de repos. Balade à pied, observation de la faune et le la flore locale, pêche, farniente, c'est au choix. Il fait très beau, chacun en profite pour prendre un bain dans le ruisseau, et faire un peu de lessive. Si l'eau est froide ? Oui, evidemment elle n'est pas chaude, mais après une semaine de vie de trappeur on est moins frileux qu'à la maison. Et on se dépêche de se rhabiller car les moustiques sont prêts à l'attaque. Ils n'ont pas tous les jours un tel festin de chair fraîche à se mettre sous la trompe !

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Femelle lagopède avec ses trois petits
A
Admirez leur plumage qui les rend presque indétectabless-

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Iceberg dans le ford d'Angmagssalig

Ce soir le renard polaire du coin vient faire le tour du camp. Il mange les restes du poisson et est très intéressé par la poubelle qui sent bon la sauce des moules. Devant la tente mess il y a le flan prévu pour le dessert qui refroidit, il en soulève le couvercle et c'est in extremis que nous sauvons la précieuse préparation de ses assauts.

Mercredi 8 et jeudi 9 août 2007

C'est le jour que je choisi pour être de mauvaise humeur, je râle, je rame c'est la cas de le dire, et je répond "non" à qui me demande si ça va. Oh la la, elle est grincheuse la Zaza aujourd'hui... Et pourquoi suis-je d'une telle humeur ? Parce que j'ai une tendinite au poignet qui me gâche un peu le plaisir, et surtout parce que je ne peux pas en faire à ma tête. Dans un groupe il faut se plier aux agissements du groupe, et parfois ça m'éneeerve ! Par exemple quand je veux prendre une photo ou filmer un peu. Le temps de sortir mon attirail du sac étanche que j'ai sous la jupette les autres kayaks continuent d'avancer et hop, 500 mètres dans la vue. Déjà que notre kayak à du mal à suivre. Donc voilà, je n'aurai pas la joli photo de kayaks que j'avais l'intention de faire, ni le bout de film avec les kayaks qui passent majestueusement devant le plus bel iceberg du monde... Bon allez. Range ton bazar et rame pour rattraper les autres. "Ca m'éneeerve !" Oh ça va, on a compris !

Nous nous sommes dépêchés de plier le camp pour partir le plus tôt possible afin de profiter d'une eau lisse avant que le vent ne se lève. Et en effet les deux premières heures sont agréables; aurais-je choisis le mauvais jour pour râler ? Finalement la progression se passe mieux que ce que je ne le pensais. Nous faisons une agréable navigation dans les petites îles devant nous (Qernertivartivit) avec une colonie de mouettes tridactyles qui manifestent bruyamment à notre arrivée dans leur territoire. Puis il y a une traversée assez longue que nous passons à combattre le vent pour entrer dans le fjord de Sangmileq. L'étape est finalement plus courte que ce qu'avait annoncé le guide, ce qui achève de me remettre définitivement de bon poil.

Le fond du fjord offre de magnifiques emplacements pour les tentes. Une grande cascade rugissante et des glaciers tout autour font le spectacle. Encore un endroit sublime, décidement ce voyage est une pure splendeur.

Camp 8 (Cascades) : 65° 42' 57'' Nord - 37° 28' 14'' Ouest

Nous passons un deuxième jour ici à profiter du beau temps. Grimpette sur les montagnes alentour, remplissage de z'yeux et de neurones de tout ce que l'arctique peut offrir en été. Quel paradis ! On resterait bien là, tellement on y est bien. Rentrer, retourner au boulot, quel horreur... Vivement les prochaines vacances.

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Au programme des figures imposées il y a :
le p'tit dèj sur la terrasse,
la sieste tous les jours, c'est dur...

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Vue sur les îles (Quernertivartivit) dans le fjord d'Angmagssalik
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Le fond du fjord de Sangmileq
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Vendredi 10 août 2007

Départ à nouveau matinal pour sortir du fjord de Sangmileq et profiter d'une eau lisse pendant deux heures. Nous longeons la côte est de l'île d'Angmagssalik. Le temps est au beau fixe ce qui veut dire qu'il y a du vent de face pendant les prochaines heures.

Après la pause de midi improvisée dans le vent, nous recherchons un endroit propice pour faire notre dernier camp. La recherche se prolonge. Un petit tour gratuit dans le fjord Tasilartik ne donne rien, il n'y a que des parois raides, pas d'accès facile sur la berge et pas de source d'eau à l'horizon. Allez hop, on va dans le fjord suivant.

Le suivant, c'est le fjord Sigtartivit. On scrute ardemment les berges avec les jumelles, pas facile de voir d'aussi loin si elles offrent l'hospitalité espérée. Le guide nous dit de patienter sur place pendant qu'il va explorer le fond du fjord. Une demi heure plus tard je vois que quelqu'un fait des grands signes là-bas sur un îlot. Voilà il a trouvé un bel emplacement, ça baigne.

Nous nous amusons à tirer une bourre jusqu'à l'îlot, il faut le contourner puis on accoste sur une belle plage bien pratique pour sortir les kayaks, pour une fois !

De grands icebergs paradent dans le paysage, et se font remarquer par de gros fracas de temps en temps. Ils proviennent pour l'essentiel du glacier d'Apusiajik qui se trouve sur une île en face d'ici, près de Kulusuk. Ils ont fait plus de 15 km pour venir ici si j'en crois la carte. Que c'est beau ! Oui je me répète, je sais...

C9 Fjord : 65° 37' 19'' Nord - 37° 29' 04'' Ouest

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Lors des pauses déjeuner les kayaks aiment bien profiter de la marée montante pour s'échapper. Ils attendent que vous fassiez la sieste, tirent sur leur laisse, renversent les grosses pierres auxquelles vous les aviez amarrés et hop... "ALERTE, Y A UN KAYAK QUI S'EN VA !"

Samedi 11 août 2007

Oups, la belle plage idéale pour l'accostage hier s'est considérablement élargie ce matin. Pour mettre les kayaks à l'eau nous avons une longue distance à parcourir, car c'est pile la marée basse, et il y a très peu de fond. Ca nous fera un bon échauffement.

C'est notre dernière étape de kayak aujourd'hui, celle qui nous mène à notre destination finale, Angmagssalik. Pour moi cette navigation au milieu d'une foule de magnifiques icebergs est comme une apothéose, le couronnement de ce merveilleux voyage dont je me souviendrai longtemps avec délice.

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Au pied de cet iceberg vertical dressé comme un mirage dans le ciel, j'ai ressenti une des impressions les plus puissantes de ma vie, j'étais comme dans un rêve. Je constate en écrivant que je ne trouve pas les mots pour décrire ces minutes d'extase devant cette sublime sculpture. J'aurais voulu qu'elles durent toujours et que le monde entier partage avec moi ce bonheur.

 

Encore quelques images, pour le plaisir des yeux :

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Nous voilà rendus à bon port avec un accostage direct au terrain de camping d'Ammassalik. Nous sommes à la fois heureux d'arriver et un peu tristounets que ça se termine. Pas le temps de s'appesantir, il y a du boulot pour les prochaines heures : monter le camp, démonter tous les kayaks, les laver, sécher, plier, ficeler, emballer etc. Et le miracle se produit : chaque kayak une fois démonté, rentre en entier dans un sac Chapak avec encore deux jupettes et les gilets de sauvetage. Incredible !

Il nous reste une journée pour visiter le village, voir le musée inuit, échanger trois mots avec les habitants, boire une bière au bistro du port, manger du phoque, et nous impregner une dernière fois du privilège d'être là.

Il y a quelques années en rentrant de la traversée du Groenland, nous avions survolé Ammassalik qui émergeait à peine de sa gangue de glace fin mai, et d'être aujourd'hui en ce lieu longtemps mythique pour moi, est un rêve réalisé. Dans quelques heures ce sera fini, mais de vous à moi, je crois qu'un jour je reviendrai. En attendant, rêvons...

...FIN

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AMMASSALIK

 


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