GROENLAND - Du 27 juillet au 14 août 2007


Ce voyage était organisé par GNGL - GRAND NORD GRAND LARGE

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Ce raid s'est déroulé sur la côte Est du Groenland, dans les fjords de Sermiligâq et d'Angmagssalik, juste en-dessous du cercle polaire. Nous avons eu une météo favorable qui nous a permis de faire environ 170 km en kayak.

Notre trajet :
Départ de Ilivtiartik, au nord de Sermiligaq - Glacier Rasmussen - Ikateq - Tuno - Kungmiut - Fjord Tasilaq - Sangmileq - Sigtartivit - Arrivée à ANGMAGSSALIK

Décalage horaire par rapport à la France : -4h à Kulusuk, côte Est du Groenland

Carte : Saga Maps "ANGMAGSSALIK TASIILAQ" - Echelle 1:250 000

Vol Paris- Reykjavik puis Keflavik-Kulusuk le lendemain. 1 nuit à Reykjavik.

Samedi 28 et dimanche 29 juillet 2007

A peine sortis de l'aéroport nous voilà embarqués sur des petits bateaux à moteur qui nous emmènent en deux heures au lieu de départ de notre raid en kayak. C'est une entrée rapide en la matière, les fjords sont envahis de glaçons et de grands icebergs sont là pour nous épater. Bienvenue au Groenland !

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Ah, quel bonheur de se trouver à nouveau là dans ce grand nord cher à nos coeurs. Nous sommes 12 personnes qui venons à peine de faire connaissance, mais notre ferveur commune pour les régions arctiques a tôt fait de nous unir.

Montage de kayak, distribution des combinaisons étanches, jupettes, gilets de sauvetage etc. Petit tour de kayak dans le fjord à titre de révision, derrière notre guide Steve Zimmermann, moniteur et compétiteur de kayak aguerri.

Un renard polaire nous rend visite le soir et tourne de façon insistante autour des tentes, histoire de bien nous montrer que c'est lui qui habite ici et que nous sommes sur ces plates-bandes.

Camp 1 : Ilivtiartik, cabane au nord du village de Sermiligaq.
65° 58' 51'' Nord - 36° 22' 59'' Ouest

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Renard polaire en pelage d'été

Lundi 30 juillet 2007

Nous faisons une douzaine de kilomètres pour rejoindre le glacier Knud Rasmussen où nous établissons le camp légèrement en hauteur. Il faut hisser les kayaks sur les berges un peu raides mais cet effort est dédommagé par une vue imprenable sur le front du glacier dont les craquements incessants capteront notre attention toute la journée.

Camp 2 : 66° 04' 17'' Nord - 36° 20' 02'' Ouest - Temps couvert - 15km (12km + 3km de kayak devant le front du glacier pour le fun)

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Glacier de Rasmussen, fjord de Sermiligâq

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Mardi 31 juillet 2007

Aha, le renard polaire nous a fait une petite visite nocturne apprend-on ce matin. Il a laissé des traces de dents et des trous dans nos victuailles, et il a été vu par plusieurs membres du groupe. Rien ne vaut un camp de randonneurs dans ces contrées désertes pour varier le casse-croûte ! Etait-ce le même renard que la veille, nous n'en savons rien.

Le temps est maussade ce matin mais il ne pleut pas pour l'instant. Nous faisons un petit tour à pied pour trouver un point de vue au-dessus du glacier de Rasmussen. Quelle immensité ! On se croirait au-dessus du Baltoro (le plus grand glacier himalayen).

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Vue panoramique du glacier de Rasmusen
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De retour, nous levons le camp et naviguons vers l'ouest en direction du glacier de Kârale. Le front de ce glacier a reculé d'au moins 4 kilomètres par rapport à la carte que nous possédons.

Il pleut à plusieurs reprises dans l'après-midi. "Quand il pleut, le mieux est encore de pagayer" nous suggère notre guide. Alors pagayons ! Après une vingtaine de kilomètres nous montons le camp et ne sommes pas mécontents d'être enfin sortis des combinaisons étanches. Etanches ? Ma foi oui, une fois qu'on est mouillé à l'intérieur, l'eau (de transpiration) ne peut plus sortir !

Mais non, je plaisante ! En tout cas moi j'ai fait l'essai et je peux vous assurer que ma combi était parfaitement étanche. Regardez comme on flotte bien dedans :


Combinaison étanche + gilet de sauvetage = bonne flottabilité

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Le kayak est un moyen de transport écologique pour la visite des fjords groenlandais. Nous avions des kayaks pliants biplaces du fabricant français NAUTIRAID, offrant une grande stabilité et idéalement adaptés au raid en autonomie.

 

.Camp 3 : 66° 02' 41'' Nord - 36° 28' 38'' Ouest - 5 km à pied, 20km en kayak - Temps pluvieux

 

Mercredi 1er août 2007

Hier soir Steve le guide nous a annoncé le programme : 30 km et même un peu plus. "...si la météo est favorable et si nous sommes en forme" a t'il ajouté. Comment donc ! Un peu qu'on va lui montrer que nous sommes en forme ! C'est le 3ème jour de pagayage, les articulations sont déverrouillées et huilées maintenant, et les tendinites et courbatures n'ont qu'à se mettre en veilleuses. Un petit serrage de dents et : "En avant toute !"

Nous faisons la pause de midi à Ikateq, base militaire américaine désaffectée. C'est un immense amas de carcasses métalliques rouillées en tout genre, des hangars, des camions, des engins mécaniques, des moteurs, et des milliers de bidons. La couleur uniformément rouille des objets donne à l'ensemble un aspect surréaliste, et je dois dire qu'on a l'impression de se promener dans un décor de film de science fiction. Je vous assure que c'est vrai, c'est tout simplement hallucinant.

A tel point qu'il y a justement ces jours-ci un groupe d'artistes qui s'est laissé inspirer par le site et qui construit une oeuvre d'art avec les bidons rouillés. Voyez cela sur le site de Philippe Pateau qui est au centre de ce projet.

 

Ikateq - Base américaine abandonnée

 

Ikateq - Bidons et camions sur fond d'icebergs
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Quelque peu médusés par cet étrange spectacle, nous reprenons notre navigation, chacun en prise avec ses réflexions inspirées par cette expérience unique.

Notre progression est satisfaisante et le guide a bon espoir de parvenir dans les temps à la passe. La passe, kesako ? C'est un endroit qui ne passe en kayak qu'à marrée haute, donc il faut y être à une heure bien précise. Si nous y arrivons à la bonne heure nous passerons encore ce soir, sinon il faut attendre 12 heures de plus.

Notre timing est parfait, nous avons bien nos trente kilomètres de pagayage dans les bras mais tout le monde est motivé et avec un petit vent de dos nous bifurquons vers le sud à l'endroit stratégique. Il faut zigzaguer entre les rochers et faire attention de ne pas rester scotché sur un récif. C'est arrivée une ou deux fois déjà. Les kayaks pliants épousent très bien la forme du rocher sur lequel ils sont "assis" !

C'est fait, nous voilà passés et un peu plus loin il y a un endroit génial pour poser le camp, avec une petite cascade juste devant la tente mess pour chercher de l'eau et laver la vaisselle.

Nous sommes plutôt contents de nous après cette grande étape. Il est question de rester deux nuits ici et ça c'est une nouvelle bien sympathique. Du coup on monte sa tente avec deux fois plus de soin, car pour deux jours ça vaut le coup de s'installer confortablement. Et mes épaules disent d'avance merci de ne pas avoir à mouliner demain.

Camp 4 : 65° 53' 15'' Nord - 36° 52' 31'' Ouest - 31 km - Beau temps

 

Produits locaux au menu de ce soir : morue fraiche et canneberges

 

Jeudi 2 août 2007

Jour de repos. Repos des bras seulement, les jambes sont conviées aujourd'hui. Il fait très beau. Nous fourrons le repas de midi dans nos sacs à dos et partons vers un petit col. Nous prenons le casse-croûte là-haut, suivi d'une sieste "obligatoire" - qu'il a dit le guide !- puis nous prolongeons la balade jusque sur un sommet qui offre un fabuleux panorama. La passe est a marée basse.
Voir la photo ci-dessous, qui s'étend du sud (à gauche) à l'ouest (au centre) jusqu'au nord-est (à droite), et la carte qui indique l'endroit d'où le panorama a été photographié.

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Panorama : Fjord Ikâsak - Village de Kungmiut - La passe - Tuno - Ikateq - Ilivinga - Qianarteq
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L'étoile indique l'endroit d'où est prise la photo ci-dessus

 

Vendredi 3 août 2007

Encore un gros kilométrage au programme aujourd'hui. Pour commencer nous allons faire une escale à Kungmiut, un village groenlandais dans le fjord d'Angmagssalik.

Le guide nous prévient : "Kungmiut, c'est assez glauque, vous verrez." ...Ah, que veut-il dire par là ?

Nous débarquons dans le port, au milieu des algues et des carcasses de bateaux déposées sur le quai. Armés de nos appareils photos et de notre curiosité nous arpentons la rue qui monte dans le village et tombons nez à nez avec du "glauque" en effet.

Il fait grand beau et les habitants sont dehors, assis par petits groupes ...et tous ivres jusqu'aux yeux. Nulle part dans le monde je n'ai vu un tel pourcentage de viande saoule. J'ai vu d'autres villages inuits mais c'était en hivers, les gens étaient dans leur maison ou en plein travail. Ici nous sommes en été, et ils n'ont visiblement rien à faire.

Hommes et femmes, jeunes et vieux, aussi ivres les uns que les autres, avachis somnolents sur les maigres espaces de verdures, bouteille à la main. Effarant autant qu'affligeant... Sur les marches de l'église sont assises 2 personnes âgées et handicapées munis d'une béquille chacun. Ils sont tous tellement arrangés que je préfère ne pas les prendre en photos ni les filmer, car je ne veux pas immortaliser d'eux cette image déplorable.

Bien qu'il y ait des poubelles posées un peu partout dans le village, il y a des détritus de toute sorte qui jonchent le sol, à commencer par les cannettes vides. Par-ci par-là des morceaux de viandes ou de graisse de phoque pourrissent au soleil en dégageant des effluves. Ils y a des chiens de traîneaux un peu partout qui s'ennuient, attachés en pleine chaleur, pauvres bêtes.

Seuls les enfants ont l'air normaux et s'amusent discrètement de notre présence. Ils sont gentils, souriants, et ne nous collent pas aux basques à la chasse au bakchich comme dans beaucoup d'autres pays. Ils ne donnent d'ailleurs pas une impression de pauvreté. Ils sont libres de faire ce qu'ils veulent dehors et jouent sans contrainte ni danger de se faire renverser puisqu'il n'y a pas de voitures (sauf peut-être par un conducteur de quad ivre ?).

Pour adoucir ce tableau globalement peu réjouissant j'ajoute que nous croisons tout de même quelques adultes qui sont sobres, notamment ceux qui travaillent dans le petit supermarché local et au bureau de poste.

Nous échangeons aussi quelques mots avec le médecin qui nous hèle depuis la fenêtre du dispensaire. Il est originaire des Iles Féroé et est à Kungmiut pour plusieurs semaines.

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KUNGMIUT

Nous prenons le repas au soleil près du port, puis embarquons dans les kayaks pour poursuivre dans le fjord d'Angmagssalik. Il y a du vent, heureusement de dos, et ça remue un peu. A juste titre le guide nous recommande fermement de naviguer le plus groupés possible, ce que nous faisons volontiers. Chacun se doute qu'en cas de chavirage il serait judicieux de ne pas être trop loin du groupe. Mais la navigation se passe bien et pour ma part j'ai trouvé ces quelques heures poussées par le vent fort agréables. Pour une fois notre bateau de filles arrive à suivre sans avoir à s'arracher les bras. On a même tendance à passer devant sans le faire exprès, génial !

Au loin devant nous on distingue parfois un grand panache de fumée projeté dans le ciel. Mais ce n'est pas de la fumée, c'est le jet d'une baleine ! Nous voyons son dos sortir de l'eau à tout bout de champ avant qu'elle ne plonge. Un rorqual commun certainement. C'est magnifique et impressionnant. Je suis fascinée par sa dimension, et n'en reviens pas d'avoir ainsi le privilège de le voir évoluer dans son milieu. Et de me dire qu'un kayak ne pèse pas lourd à côté d'un tel animal...

Nous nous dirigeons vers le nord et entrons dans le fjord de Tasilaq. Tiens, il y a des gens sur la rive, et quelques bidons témoignent qu'ils ont été déposés par un bateau certainement. En tout cas il n'y a pas de kayaks à la ronde.

Quelques kilomètres plus loin nous cherchons un débarquement potable avec des emplacements corrects pour les tentes et si possible une source d'eau. Après quelque tâtonnement nous trouvons un terrain propice. Nous nous dépêchons de monter le camp, car il est tard, le soleil est déjà passé derrière les montagnes, plongeant l'endroit dans l'ombre et chacun est pressé de se mettre au sec et au chaud. Encore une trentaine de kilomètres au compteur aujourd'hui, c'est pas mal.

Kungmiut : 65° 51' 52'' Nord - 37° 00' 44'' Ouest

Camp 5 : 66° 01' 51'' Nord - 37° 01' 54'' Ouest - 30 km - Vent du sud - Très beau temps

Samedi 4 août 2007

Jour de repos, promenade au lac pour les uns, promenade au glacier pour les autres, lavage de chaussettes et décapage de carcasse pour tous, ça fait du bien. Très beau temps. 25°C en journée.

L'endroit est magnifique, un décor que l'on pourrait croire sorti des Alpes s'il n'y avait quelques glaçons dans le fjord pour nous rappeler que nous sommes en zone arctique.

Nos altimètres et baromètres sont stables, aussi nous pronostiquons du beau temps pour demain.

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Paysage alpin dans le fjord de Tasilaq

 

Panorama sur le fjord de Tasilaq
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Coup d'oeil dans la tente mess

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