LAPONIE FINLANDAISE - Mars 2005


Randonnée nordique dans le
Parc national URHO KEKKONEN

Nous avons utilisé ces deux cartes GENIMAP au 1:50 000
que l'on peut commander sur le site de
KARTAKESKUS

Jeudi 17 mars 2005

Vol Francfort - Helsinki - Ivalo. Arrivée à Ivalo à 19h45 avec presqu'une heure de retard. Trajet en bus de Ivalo-Airport à Saariselkä (10€ pp*). Ses passagers étant tous des touristes fraichement débarqués qui ne connaissent pas les lieux, le chauffeur précise à chaque arrêt quels hôtels il dessert. Nous nous installons pour une nuit à l'hôtel Panimo où nous avions réservé une chambre par Internet (69€ pour une chambre double). La température est de saison avec -16°C ce soir.

* par personne

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Sculpture sur glace à Saariselkä

Les Finlandais excellent dans la sculpture sur glace.

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Vendredi 18 mars 2005

Hier matin à l'aéroport de Francfort nous avons eu une mauvaise surprise à l'embarquement. Lors du contrôle des bagages on nous a confisqué nos deux bouteilles (vides !) de fuel de notre réchaud à essence. Ces bouteilles étaient vides et sêches à l'intérieur depuis environ un an. Mais elles sentaient encore un peu le fuel evidemment, et on nous a prétexté que les vapeurs de fuel peuvent être dangeureuses. Ils confondent visiblement vapeur et odeur, mais l'erreur est humaine...
Il faut donc que nous trouvions un magasin pour racheter une telle bouteille compatible avec notre réchaud à essence, modèle Whisper Lite de la marque MSR, ou alors il faut carrément acheter un nouveau réchaud. Saariselka n'est pas très grand, mais comme c'est un haut lieu pour skieurs de fond et randonneurs, il y a un magasin de sport. Nous sommes devant sa porte dès l'ouverture et, bonne nouvelle, il vend des bouteilles de fuel. Soulagement général. Nous en profitons pour acheter encore quelques lyophilisés pour compléter notre ordinaire.
Il ne nous reste plus qu'à faire le plein (5 litres de carburant 95) à la station essence, et nous voilà dans les starting blocs pour notre enième virée lapone.

1ère étape : Saariselkä - Luulampi, 10,5km

Départ à 11h45. Sur les premiers kilomètres nous suivons les larges pistes tracées de Saariselkä, et notre attelage avec pulka fait quelque peu sourire au milieu des skieurs de fonds classiques. Mais ce n'est pas grave, bientôt nous sommes en fin d'après-midi et les skieurs sont de plus en plus clairsemés. Le temps se couvre, il fait -11°C.

Après une dizaine de kilomètres le refuge de Luulampi apparait au bord d'un petit lac gelé. Ce refuge est aussi un café où les skieurs peuvent venir se restaurer en cours de journée. Mais à cette heure-ci, 16h30, le café est fermé et il n'y a plus personne. Cependant la pièce centrale est ouverte et on peut s'y installer pour la nuit, bien qu'il n'y ait pas de dortoir. Nous dormirons par terre sur nos matelas gonflables. Au milieu de la pièce il y a un grand âtre avec une cheminée centrale, où quelques bûches finissent de se consumer. Un randonneur à ski arrive peu après et y fait griller quelques saucisses qu'il tire de son sac. Il ne parle pas l'anglais et nous comprenons seulement qu'il veut encore rentrer à Saariselkä ce soir. Pourtant il va bientôt faire nuit. Après son départ personne ne viendra plus et nous nous endormons dans notre univers préféré, auprès d'un feu de bois dans un chalet en rondins.

Samedi 19 mars 2005

2ème étape : Luulampi - Rautulampi - Lankojärvi, 15km

Les 7 kilomètres qui nous séparent de Rautulampi sont tracés pour le ski de fond. Malgré tout il n'y a pas un skieur à l'horizon. Nous avons le plaisir de voir passer un petit groupe de rennes qui se dirige vers le sommet d'un Tunturi**. Ils nous scrutent un instant puis continuent leur chemin. Après le refuge de Rautulampi, dans lequel nous faisons une pause, nous quittons la piste de ski de fond pour bifurquer vers l'est pour Lankojärvi. Le parcours d'aujourd'hui est principalement forestier, ce qui n'est pas très aisé pour s'orienter. Les arbres masquent toute visibilité et il n'y a guère de point de repère. Grâce au GPS nous n'avons cependant aucun mal à trouver le refuge de Lankojärvi. Je conseille vivement de se munir d'un GPS à toute personne qui voudrait faire ce genre de rando en Finlande, car il n'y a quasiment aucun balisage de chemin. Ce manque d'indications peut mener à bien des "déroutes" et les randonneurs perdus sont le pain quotidien des secouristes finlandais, comme nous le constaterons quelques jours plus tard.

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Rennes

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Le refuge de Lankojärvi est d'un modèle typiquement finlandais. Il y a deux refuges côte à côte sous le même toit, dont l'un est fermé à clé et payant, tandis que l'autre est ouvert et gratuit. Chacun dispose d'un dortoir d'une dizaine de places, d'un réchaud à gaz, de quelques ustensils de cuisine ainsi que d'un seau pour puiser l'eau. Il y a un poêle et du bois. Et tout ceci est à votre disposition gratuitement ! Cela parait assez incroyable, surtout au regard des prix des refuges suédois ou norvégiens.

En début de soirée plusieurs groupes arrivent et s'installent avec nous, des Finlandais pour la plupart. Le refuge est bondé et certains préfèrent construire un igloo pour dormir dedans.

** Tunturi : mot finnois qui désigne les sommets des montagnes dénudés d'arbres. Les Tunturi forment le paysage typique du Parc National Urho kekkonen.

Dimanche 20 mars 2005

3ème étape : Lankojärvi - Sarvioja, 20km

- 17°C. Ce matin nous longeons la rivière Suomujoki sur plus de dix kilomètres. Le temps est beau et calme. Quelques rennes se promènent sur notre chemin puis traversent la rivière à proximité du petit refuge de Porttikoski. Il est inoccupé mais en entrant on sent la chaleur du poêle encore chaud. Quelqu'un a dû y passer la nuit. Ce refuge a lui aussi une particularité finlandaise : il comporte une pièce réservée au sauna. Incroyable me direz-vous, des refuges gratuits avec sauna ? Eh bien oui, ça existe ! Ce pays nous paraît de plus en plus sympathique.

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Quatre kilomètres après Porttikoski il faut tourner à droite pour remonter la rivière Sotavaaranoja. Il y a une trace de motoneige qui nous facilite la tâche. Peu a peu la vallée se resserre et monte vers un col. Arrivé vers 300m d'altitude il faut quitter la trace et traverser la crête sur notre gauche afin d'arriver vers la vallée voisine où se trouvent les deux refuges Sudenpesä et Sarvioja. La montée de ces quelques 80 métres de dénivelé raide dans une neige poudreuse d'un mètre d'épaisseur et une vrai bataille. Les pulkas sont des engins "in-mannoeuvrables" dans ce genre de décor et nos frêles gabarits de faibles femmes ne sont pas les plus adaptés à la situation... Bon, il y a quand même un avantage, c'est que l'effort physique ça chauffe et donc nous avons bien chaud en arrivant en haut, d'autant plus qu'il est tard et que la température chute vertigineusement.

Dès que nous passons dans l'autre vallée il n'y a plus que de la descente au programme, ce qui nous enchante. Nous croisons d'abord le refuge de Sudenpesä qui est payant. Nous allons jusqu'au refuge gratuit de Sarvioja qui est un kilomètre plus loin. Il y a déjà un couple de Finlandais installé. D'abord peu locaces ils deviennent un peu plus bavards après avoir gouté à notre schnaps. Ils connaissent la région comme leur poche et nous donnent des renseignements interessants quant aux passages possibles dans les Tunturi** qui nous entourent.

Lundi 21 mars 2005

Il fait beau ce matin. Pendant le petit déjeuner nous appercevont deux rennes par la fenêtre du refuge. Ils grattent la neige pour trouver la végétation dont ils se nourrissent.

Lorsque nous appretons nos pulka pour le départ, les deux Finlandais viennent voir de près notre équipement. Il y a une chose qui les intrigue particulièrement, c'est le fait que nous n'utilisions pas de barres pour tracter la pulka. Ils sont septiques quant'au tractage avec de simples cordelettes et s'inquiètent de savoir comment ça marche lorsqu'on est dans une descente. Nous leur expliquons que notre grand plaisir c'est justement de pouvoir s'assoir sur la pulka et de descendre comme sur une luge. Cette méthode fait notre bonheur depuis des années et comporte encore quelques autres avantages. Lorsque c'est l'heure de la pause-grignotage, il suffit de reculer jusqu'à la pulka, de s'assoir dessus à califourchon et de tirer son pique-nique du sac que l'on aura pris soin de ranger juste sous la toile. Ceci est infaisable avec des barres, car on est obligé d'enlever son harnais pour accéder à la pulka. D'autre part la sensation de gêne au niveau des hanches est inexistante, et enfin on gagne du poid et le l'encombrement, ce qui est loin d'être négligeable lorsqu'on doit prendre l'avion. Certes ce n'est pas le cas de nos deux Finlandais puisqu'ils sont venus en voiture.

4ème étape : Sarvioja - Pirunportti - Muorravaarakka

Lors des premiers hectomètres nous avons en point de mire les deux rennes aperçus ce matin. Nous avons constaté à plusieurs reprises qu'ils préfèrent marcher sur de la neige dammée, comme les pistes de motoneige ou de ski de fond, plutôt qu'à coté dans la neige fraiche. Et on les comprend, car comme nous, ils ne trouvent sûrement pas très agréable de s'enfoncer jusqu'au ventre dans un mètre de poudreuse !

Des deux côtés de la piste on découvre de grands trous dans la neige, qu'ils ont creusés avec leur pattes pour se nourrir. Après 500 mètres nous bifurquons vers la droite sur une piste de motoneige qui semble aller dans la bonne direction. Nous avons l'intention de suivre un cheminement que nous a indiqué le couple de Finlandais hier soir et qui traverse un col nommé Pirunportti pour redescendre tout droit sur Muorravaarakka.

Rennes

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Nous suivons le talweg qui doit nous mener au col. Une bonne trentaine de rennes se promène sur le flan de montagne. Ils nous ont vus, mais ne parraissent pas troublés du tout par notre présence. Le soleil donne des signes de fatigue et le ciel devient gris en direction du col. Ceci ne nous dit rien qui vaille, aussi nous decidons de faire une pause thé-gâteaux avant d'affronter la montée finale qui s'annonce ventée.

Les deux kilomètres jusqu'au col sont remuants et bruyants à cause du vent, mais aussi envoutants car le mur de brouillard gris dressé devant nous, donne une impression de néant. On croirait s'enfoncer tout droit dans un monde étrange et sans contour.

Au col de Pirunportti apparaîssent soudain deux parois verticales de part et d'autre, avec de belles corniches de neige à leur sommet. L'endroit est surprenant, comme si un géant avait donné un monumental coup de hache dans la montagne pour y créer ce passage. L'effet venturi y est spéctaculaire et nous secoue comme des pruniers. La descente est très raide de l'autre côté, à l'opposé de la montée plutôt douce que nous venons de faire. Il faut déchausser car impossible de descendre ici skis aux pieds avec une pulka.

Après ce joli passage, que nous avons apprécié malgré la violence du vent, nous retrouvons une météo plus clémente dès que l'altitude diminue. Nous sommes toujours au-dessus du niveau des arbres et le refuge est quelque part dans l'immensité forestière qui s'étend devant nous. Aucune piste n'est visible, il faut trouver son chemin soi-même. Nous suivons tout droit la flêche du GPS qui est encore d'une grande utilité aujourd'hui. Quelques glissades assises sur la pulka et hop nous voilà dans la forêt. La neige est épaisse de 1 mètre au moins et sans les skis on s'enfonce dans des profondeurs abyssales. Dans la forêt nous tombons sur une trace de pulka qui semble récente. Nous en profitons un peu car elle va dans la bonne direction. Et bientôt en effet le refuge de Muorravaarakka émerge au milieu des arbres.

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Le col Pirunportti

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Comme les jours précédents, nous n'avons rencontré absolument personne aujourd'hui. Il n'y a que le soir au refuge que nous trouvons du monde généralement. Peu après notre arrivée il y a deux randonneurs Tchèques qui reviennent d'une tentative avortée de gravir le Sokosti, point culminant du massif. Ils ont fait demi-tour car il y avait trop de vent disent-ils. Eh oui ça soufflait un peu aujourd'hui, mais le Sokosti n'est qu'un petit monticule de 718m et j'avoue que ça me fait rigoler quand je vois que des grands gaillards si costauds ont si peu de courage !!!

Ils quittent le refuge pour aller vers celui de Anterinmukka à quelques kilomètres de la frontière russe. Nous faisons aussitôt les corvées journalières : il faut scier du bois, le débiter et le ramener dans le refuge. Il faut aussi chercher de l'eau avec les seaux et la louche prévue à cet effet. A chaque refuge il y a généralement un endroit aménager pour accéder à l'eau.

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Muorravaarakka

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Poignée de porte typique

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Corvée de bois !

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En fin de journée, Hanni et Mikko, un couple de jeunes Finlandais vient nous rejoindre. Cette fois nous avons à faire à des courageux, car eux sont allés jusqu'au sommet du Sokosti. Ils sont venus de Helsinki en bus. Ils sont sympas et plus locaces que la moyenne des Finlandais rencontrés jusqu'à présent. Nous discutons avec plaisir avec eux, d'autant plus que Mikko parle bien le français.

Mardi 22 mars 2005

5ème étape : Muorravaarakka - Luirojärvi. 16 km, 7h.

-21°C. Départ à 8h. Aujourd'hui nous voulons aller vers Luirojärvi en traversant les montagnes à l'ouest, mais sans savoir si c'est vraiment faisable avec des pulkas. Sur notre carte il n'y a pas de chemin mais d'après les lignes de niveau nous concluons qu'on peut faire une tentative, quitte à faire demi-tour si c'est trop raide ou trop accidenté.

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-21°C

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Nous suivons grosso modo la rivière Lumikurunoja qui descend du passage que nous visons et qui ne porte pas de nom sur notre carte. Après une montée progressive au-dessu du niveau de la forêt, le terrain se redresse sérieusement. Heureusement la neige est très soufflée et dure ce qui permet une bonne traction de la pulka malgré la raideur de la montée. Il fait très beau et il faut absolument faire quelques photos et un petit bout de vidéo. En pleine pente cette manoeuvre demande cependant quelques précautions car il faut mettre la pulka dans une position stable afin qu'elle ne se mette pas à glisser brusquement en arrière et vous entraine dans une descente inopinée.

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Au sommet du col une vague trace de motoneige affleure. C'est toujours un réconfort de voir qu'on est sur une trace, même si elle est à nouveau invisible quelques mètres plus loin. Cela nous confirme qu'il y a bien un passage par ici, même s'il est vraisemblablement peu fréquenté par des piétons en cette saison.

A quelques kilomètres sur notre gauche se dresse un mât vertical complétement couvert de glace. Nous comprenons qu'il s'agit du sommet du Sokosti. Nous projetons de faire ce sommet demain, à partir de Luirojärvi et sans pulka. Nous poursuivons donc la descente, avec comme seuls spéctateurs un groupe de rennes qui se prélassent au soleil sur les pentes du Lumipää sur notre droite. Une petite séance de pulka-riding (descente assises sur la pulka comme sur une luge) nous apporte une fois de plus des joies infantiles. Pour tout vous dire, pour ma part je termine ma course avec une monumentale culbute, avec la pulka au-dessus de moi pour finir, faute de n'avoir pas pu contrôler la vitesse de mon bolide. Grosse rigolade, et je suis sûre que même les rennes ont dû en rire...

Au bas de la pente la neige redevient plus épaisse. Fini la glissade facile, il faut tracer à présent. Une petite pause grignotage est la bienvenue. Le paysage est magnifique, étincellant sous le soleil. Pas un humain à la ronde. La neige est vierge et le silence presque parfait. Seuls quelques oiseaux chantent une chanson dans les buissons de temps à autre. Nous sommes au paradis, le paradis du randonneur nordique. Quel bonheur !

L'orientation est sans problème, il suffit de suivre la rivière Pälkkimäoja qui va droit au lac Luirojärvi. Que dis-je, non elle n'y va pas tout droit mais fait quelques méandres, que l'on peut couper bien entendu. De toute façon nous progressons avec notre méthode habituelle qui consiste à viser tout bêtement nos points GPS. Tous les soirs nous en introduisons un certains nombres dans le GPS, ainsi quoiqu'il arrive, même dans le brouillard le plus épais, nous savons toujours quelle direction suivre. Il peut quand même y avoir des surprises parfois, car en terrain sauvage le relief peut être plus accidenté que ce qui est visible sur la carte. Il faut alors se plier aux contraintes du terrain et prendre son mal en patience pour contourner les obstacles.

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Le GPS est une aide précieuse

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Nous croisons un abri lapon qui n'est pas indiqué sur notre carte, et il y a une piste de motoneige à partir d'ici. Quelques maisons en rondins et un grillage de rengärde nous montrent que nous sommes en territoire d'élevage de rennes. Nous suivons la piste et bébouchons sur le lac Luirojärvi qu'il faut longer par la rive est pour arriver vers les maisons. Il y a plusieurs refuges, nous nous installons dans le premier qui est inoccupé. C'est un petit refuge de 5 places.

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Un des refuges de Luirojärvi

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On puise l'eau dans un trou creusé dans le lac gelé

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Dans chaque refuge il y a un réchaud à gaz

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Le soir arrive un groupe de 9 skieurs nordiques, tous Tchèques sauf un qui est de nationalité espagnole. Nous avons tôt fait de faire connaissance, car l'Espagnol parle le français, ainsi qu'une des femmes tchèques.

Il y a un sauna ici, aussi nous nous mettons tout de suite à l'oeuvre pour faire du feu dans les deux grands poêles et chercher de grands seaux d'eau dans le lac.

Un couple de Finlandais arrive tardivement et s'installe avec nous dans le petit refuge, tandis que le groupe de Tchèques investit le refuge principal qui est plus grand. Le couple de Finlandais ne décoche pas un mot de toute la soirée et l'échange est donc plus que limité. Ils personnifient de façon presque caricaturale la retenue du tempérament nordique. Mais heureusement nous avons constaté que tous les Finlandais ne sont pas aussi renfermés !

Finalement nous décidons de ne pas aller au sauna car nous voulons nous coucher tôt ce soir pour faire le Sokosti demain matin et boucler ensuite une étape jusqu'au prochain refuge.

Mercredi 23 mars 2005

Ascension du Sokosti 718m, point culminant du parc national Urho Kekkonen.

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En montant au Sokosti

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La température matinale est de -26°C. Il fait beau et nous décidons sans attendre de monter au Sokosti comme prévu. Nous laissons toutes les affaires au refuge et ne prennons qu'un petit sac à dos avec le matériel photos, le GPS, la carte, du thé et des vivres de courses. Nous suivons une piste que nous avions repérée hier. Elle traverse la forêt vers l'est et mène en ligne directe sur le dos arrondi du Sokosti. L'ascension est facile et on peut monter avec les skis jusqu'au sommet. Les dernières centaines de mètres sont toutefois très croutées et presque verglacées. Sans peaux de phoque ce n'est pas faisable en ski. D'ailleurs nous rencontrons surtout des traces de chaussures.

Le temps s'est dégradé pendant la montée et nous avons juste le temps de faire quelques prises de vues du sommet. Nous grimpons sur le petit bouchon de neige qui est le point culminant. La frontière avec la Russie est à moins de vingt kilomètres et on apperçoit les montagnes russes au loin. Le mât dans sa gange de glace que nous avions vu de loin hier est un grand pylône de télécommunication. A son pied se dresse une petite cahutte entièrement recouverte de glace de laquelle s'échappe les gaz d'un moteur en marche, le tout accompagné d'un bruit assourdissant.

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Au sommet du SOKOSTI

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Le vent est de plus en plus violent et le mauvais temps s'installe, il vaut mieux redescendre avant que la vue ne se bouche complètement. Une fois de plus il n'y a personne à la ronde, nous ne croisons pas âme qui vive (à part quelques rennes...), ni à la montée ni à la descente, et sommes seules à avoir tenté le sommet aujourd'hui.

6ème étape : Luirojärvi - Tuiskukuru

De retour à Luirojärvi à midi, nous faisons une pause repas avant de partir pour le refuge de Tuiskukuru. La météo reste mauvaise mais dans la forêt le vent est atténué et la progression est sans problème gràce à une trace de motoneige. Nous ne croisons qu'une seule personne juste avant d'arriver au refuge. Il n'y a personne mais de nombreuses affaires sont étalées dans le dortoir. Sans doute y aura t'il de la visite ce soir. Sur une boîte de conserve nous déchiffrons du tchèque. Quelqu'un nous avait dit en début de voyage que nous rencontrerions certainement souvent des Tchèques car il y a de nombreux groupes organisés qui viennent de Prague.

Il neige depuis la fin d'après-midi. Nous faisons les corvées de bois et d'eau. Nous prenons le repas du soir dès que possible afin de libérer la table pour les visiteurs éventuels. Le poêle fonctionne bien et les affaires mouillées, suspendues au-dessus de lui, sêchent rapidement. Le vent s'est apaisé. Dehors le paysage est calme et cotonneux sous la neige tombante.

Le crépuscule dure une bonne heure mais vers 21h la nuit finit par tomber. C'est la première fois que nous n'avons aucun visiteur. Il nous paraît bizarre que les propriétaires des affaires tchèques dans le dortoir ne soient pas revenus. Nous ne touchons pas aux affaires mais constatons qu'il y a quasiment l'équipement complet de deux randonneurs, beaucoup de vêtements et de denrées alimentaires, deux sacs à dos. Cependant nous ne voyons pas de sacs de couchage. Peut-être dorment-ils ailleurs ce soir ? Dehors il y a une petite pulka, mais aucune paire de ski. Peut-être se sont-ils perdus et ne retrouvent pas leurs traces recouvertes par la chute de neige. Nous nous couchons avec un certain nombre d'interrogations en tête, et espérons qu'il ne soit rien arrivé de grave.

Jeudi 24 mars 2005

Le lendemain matin toujours rien. Notre inquiétude ne s'est guère calmée. Nous décidons de regarder de plus près les affaires de nos "hidden people", et prennons l'initiative d'ouvrir les sacs à dos. A notre grand désarrois nous découvrons deux sacs de couchage au fond des sacs à dos. Nous y voilà... Si les sacs de couchages sont ici, c'est que leur propriétaires ont passés la nuit sans. Cette conclusion achève de nous convaincre qu'il y a quelque chose d'anormal et qu'il faut envisager qu'il est vraissemblablement arrivé un pépin à ces gens.

Nous continuons de fouiller et tombons sur un téléphone portable et une carte d'étudiant avec une photo. Il s'agit d'un jeune Espagnol. A bien regarder la photo il nous semble reconnaître l'Espagnol du groupe de Tchèques que nous avons vu à Luirojärvi. Le deuxième sac à dos contient des affaires féminines et appartient donc à une femme. S'agirait'il donc de deux personnes de ce groupe de Tchèques ? Mais alors pourquoi se sont'ils séparés de leur groupe ? Dans le livre de bord du refuge la dernière inscription est en tchèque, mais nous sommes évidemment incapables de la traduire. La chute de neige a recouvert toute trace et on ne sait pas dans quelle direction ils sont allés.

7ème étape : Tuiskukuru - Suomunruoktu, 15km

Nous quittons le refuge avec la conviction que la meilleure chose à faire est de signaler au plus vite cette situation à toute personne que nous rencontrerions à partir de maintenant. Les secours s'avèrent injoignables avec notre téléphone portable, malgré plusieurs tentatives. Comme d'habitude nous ne rencontrons personne pendant les heures qui suivent. De plus nous devons tracer dans la neige fraîche tout le long du parcours. Et il faut s'appliquer pour ne pas perdre la piste. Elle est sous la couche de neige mais n'est pas visible. Elle est seulement "palpable", c'est à dire qu'il faut la repérer en tatant le sol avec la pointe du bâton. Si c'est dur c'est la piste, si ça s'enfonce plus profondément c'est qu'on est à côté. On conçoit aisément qu'il est facile de perdre le bon chemin dans ces conditions. Car ici non plus il n'y a pas le moindre balisage.

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A 5 kilomètres de Suomunruoktu nous tombons sur une trace de ski. Elle semble venir de Suomunkuoktu et a fait demi-tour ici, et il y a une inscription dans la neige : "B 5km 11h". Nous en déduisons qu'il s'agit du groupe de Tchèques. Ils attendent vraissemblablement que les "disparus" les rejoignent ce matin et l'un d'eux est venu jusqu'ici leur faire la trace pour qu'ils trouvent plus facilement leur chemin. Il est 11h15, donc cette personne était ici il y a un quart d'heure à peine. Nous supposons alors que nous trouverons ce groupe au refuge de Suomunruoktu et redoutons déjà le moment où il faudra leur annoncer que leurs camarades n'ont malheureusement pas passé la nuit à Tuiskukuru...

En attendant, la trace de ce skieur nous facilite la tâche. Plus besoin de tâtonner sans cesse, il suffit de suivre. Le terrain est en descente, parfois assez forte et comme c'est en forêt il faut faire attention à ne pas se prendre un arbre. N'oublions pas que nous avons une pulka "en laisse", et que ce "toutou" de trente kilos a toujours tendance à choisir la plus forte pente et la ligne droite !

Si d'habitude nous rigolons beaucoup lors des descentes, ce n'est pas du tout le cas aujourd'hui où nous restons contrites par l'inquiétude pour le groupe perdu. Nous ne faisons aucune photo et n'avons qu'une préoccupation : arriver le plus vite possible pour signaler leur disparition.

Brusquement un bruit de moteur nous parvient. C'est une motoneige, je lui fais de grands signes pour qu'elle bifurque pour venir vers nous. Le chauffeur arrête le moteur afin qu'on s'entende parler. Il a une passagère anglophone, aussi nous lui expliquons la situation qu'elle comprend très vite. Lorsqu'ils repartent nous sommes soulagées de ne plus être seules à porter le fardeau.

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Une fois arrivées au refuge de Suomunruoktu, nous sommes navrées de ne pas trouver le groupe de Tchèques. Ils sont partis sans attendre leur compagnons, et ne savent toujours pas que ses derniers ont peut-être un problème. Mais il y a une motoneige avec deux jeunes gaillards qui s'affairent dans la remise à bois.

Nous allons les saluer et leur racontons à nouveau l'histoire des affaires restées seules dans le refuge de Tuiskukuru. Je leur donne un papier avec le nom relevé sur la carte d'étudiant de l'Espagnol, ainsi que mon nom. Ils font parti des personnels qui s'occupent du ravitaillement des refuges et justement ils allaient repartir vers Kiilopää. Ca tombe bien, ils pourront alerter la Police qui décidera de ce qu'il faut faire. Peut-être croiseront-ils aussi le groupe de Tchèques qui nous précéde et qui en sait peut-être plus que nous. Pour nous en tout cas le mystère reste entier.

Après leur départ nous sommes seules au refuge où nous comptons rester une nuit. Demain c'est la dernière étape. L'après-midi se passe à échaffauder des hypothèses concernant les disparus, des plus optimistes aux plus pessimistes. Nous épions la forêt à l'affut du moindre bruit de motoneige. Mais rien de se passe. Vers 18h nous sommes sur le point de conclure qu'il n'y aura plus de visiteurs aujourd'hui, lorsqu'un vrombrissement lointain nous fait prêter l'oreille.

A notre grande surprise il ne s'agit pas d'une motoneige mais d'un hélicoptère ! Il se pose dans une clairière un peu plus loin, et bientôt nous voyons arriver à grandes enjambées un bonhomme en tenu orange de secouriste. Il vient evidemment au sujet des "disparus". Après un bref échange de questions-réponses nous commençons à comprendre ce qui s'est passé. En fait il ne s'agit pas de 2 personnes comme nous l'avions pensé, mais de 3 personnes. L'Espagnol et deux femmes du groupe des Tchèques ont été signalés dans un autre refuge, celui de Lankojärvi.

Ils étaient partis sans baggages de Tuiskukuru (là où nous avons trouvé leurs affaires) pour faire une ballade. Ils sont allés au sommet du Tuiskupäät (539m) et comme la météo s'est beaucoup dégradée ils se sont trompés de vallée pour redescendre et se sont retrouvés vers le nord. Ensuite ils n'ont pas voulu revenir en arrière car ils avaient froid et ont préféré chercher à rejoindre le refuge de Lankojärvi qui était plus accessible. Là-bas ils sont tombés sur un autre groupe de Tchèques (eh oui, encore des Tchèques) qui leur ont offert l'hospitalité. Ils leur ont donné à manger et au refuge il y avait heureusement quelques couvertures pour la nuit. Les trois "rescapés" sont repartis ce matin pour récupérer leurs sacs à dos à Tuiskukuru et seraient en route pour venir ici à Suomunruoktu. Nous voilà soulagées enfin.

Nous demandons au secouriste si nous avons eu tord de donner l'alerte, mais il nous rassure en disant que nous avons bien fait. Il ajoute que pour les secours c'est la routine car les randonneurs se perdent souvent. Ils sous-estiment la météo et l'orientation dans les montagnes finlandaises car elles n'ont qu'une altitude modeste, et ça leur joue bien des tours.

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Hélicoptère de secours et Police motorisée

Peu après le départ de l'hélicoptère, trois motoneiges s'arrêtent devant notre porte. C'est la Police, accompagnée des deux jeunes gaillards à qui nous avions donné l'alerte ce matin. Ce sont eux qui ont informé les autorités et les ont conduites jusqu'ici. Les policiers nous confirment qu'ils ont vu les trois randonneurs à une heure d'ici environ, qu'ils vont bien et qu'ils ne devraient pas tarder. Nous voilà donc près de l'épilogue de cette journée pour le moins agitée.

Nous partons à la rencontre de nos trois protagonistes et tombons dans les bras les uns les autres. Nous ne connaissions pas encore nos prénoms, mais la longue soirée qui va suivre va nous permettre de faire connaissance. Dita, Bara et Inigo nous racontent leur aventure tandis que nous leur décrivons par quelles interrogations nous sommes passées. Dita ne parle pas le français mais l'anglais, aussi c'est dans un mélange hétéroclite de français-anglais-tchèque-espagnol-allemand que se passe la conversation. Nous passons une soirée sympatique et chaleureuse qui reste pour moi un des meilleurs moments de ce voyage.

-Soir de retrouvailles avec Inigo, Bara et Dita-

Vendredi 25 mars 2005

Une surprise nous attend ce matin. En voulant sortir du refuge, je constate que la porte d'entrée est bloquée. En insistant je finis par l'entrouvrir et constate que toute la neige accumulée sur le toit est tombée d'un bloc et a entouré le chalet d'un mur de neige, bloquant les deux portes d'entrée. Je commence donc la journée par une scéance de pelletage pour créer un passage dans cette barricade. Un peu de sport matinal ne fait pas de mal ! Le petit déjeuner n'en sera que meilleur.

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Portes bloquées par la neige tombée du toit

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8ème étape : Suomunruoktu - Kiilopää, 15 km.

Nous faisons nos adieux à Inigo, Bara et Dita et partons pour Kiilopää. C'est le dernier tronçon de cette première partie du voyage. Nous voulons ensuite aller en bus vers le Lac Inari pour y passer quelques jours, et pour dormir enfin sous la tente, car jusqu'à présent nous l'avons trimballée pour rien puisqu'il y avait des places aux refuges tous les soirs. Mais comme on ne peut pas en être sûr à l'avance et que nous n'avions pas réservé, nous avons préféré partir avec tout l'équipement.

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Lagopède

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Pause-thé dans l'abri de Suomunlatva

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Peu avant le centre de montagne de Kiilopää (http://www.kiilopaa.com/fr/) nous retrouvons les skieurs de fond en plus grand nombre. L'espace skiable est immense et il y a de la place pour tout le monde : skieurs, motoneiges et rennes. A notre arrivée nous garons les pulkas devant le bâtiment principal et allons à la reception pour trouver un hébergement. C'est le week-end de Paques et toutes les chambres sont prises, il ne reste que quelques places au dortoir. Ca tombe bien car c'est l'hébergement le moins cher, 22 euros par personne sauna compris.

Notre premier objectif est justement de prendre une bonne douche. Nous déposons les affaires au dortoir, fouillons au fond de nos sacs pour trouver la serviette qui n'a pas servi de tout le voyage et nous precipitons au sauna. Un pur bonheur après une semaine de rando sans pouvoir se laver !

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Suite : Lac Inari


Le site ci-dessous donne des renseignements précis sur les REFUGES dans le nord de la FINLANDE. Cliquez sur la rubrique "Wilderness huts"
http://gamma.nic.fi/~esa2k/engl/hike.htm

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