L'INCENDIE DU REFUGE DE L'ELBROUZ


Le 16 août 1998 le Refuge des Onze situé au pied de l'Elbrouz a été entièrement détruit par un violent incendie. Je me trouvais dans le refuge avec un groupe ALLIBERT au moment des faits et vous livre ici le déroulement de l'évènement tel que nous l'avons vécu.

photos de l'incendie


 

Le refuge des Onze avant et après l'incendie du 16 août 1998


Notre groupe de 10 personnes (1 guide et 9 clients) avait fait le sommet de l'Elbrouz le samedi 15 août 1998 et nous aurions théoriquement pu être redescendus dans la vallée dès le lendemain. Mais notre intermédiaire russe s'y est opposé pour une raison plutôt flou que nous n'avons pas pu élucider. Selon lui il n'y avait pas de place dans les hôtels de la vallée et nous devions rester au refuge jusqu'à lundi. Nous sommes donc restés le jour qui a suivi notre ascension et étions dans nos chambres au deuxième étage quand l'incendie s'est déclaré, le dimanche 16 août vers 16h30.

Les causes de l'incendie sont connues. Dans la cuisine quelqu'un a pris par erreur un jerrican d'essence en pensant qu'il était rempli d'eau, et l'a versé dans une casserole posée sur un réchaud allumé. Ensuite le récipient s'est renversé et il fut impossible d'éteindre plusieurs litres de combustible enflammé. Le feu s'est propagé très rapidement. La cuisine se situait au 1er étage et tous les occupants de cet étage ont pu évacuer à temps. Malheureusement ils n'ont pas donné suffisamment l'alerte à l'étage au-dessus et lorsque les gens du 2ème se sont rendu compte du problème, la fumée avait déjà envahi les couloirs et ôté toute visibilité. Seules quelques personnes logées tout près d'une issue avaient réussi à sortir à tâtons. Parmi elles il y avait quatre personnes de notre groupe dont le guide.

Les six autres personnes n'ont pas pu sortir et étaient prisent au piège. Elles étaient réparties dans deux chambres qui donnaient sur la façade avant du refuge, la plus haute. Il y avait une dizaine de mètres depuis les fenêtres jusqu'au sol. Ces dernières étaient scellées et ne pouvaient s'ouvrir. Elles représentaient pourtant la seule issue possible.

Dans ma chambre nous étions deux. Nous avons cassé les vitres avec un crampon et avons appelé pour qu'on nous envoie une corde. Après quelques longues minutes un homme de type asiatique nous a enfin lancé une corde à double que nous avons rapidement fixée au montant qui séparait les deux fenêtres. Nous sommes descendues sur cette corde comme sur une main courante et avons atteint le sol sans encombre, hors mis quelques coupures dues aux éclats de verre. Pour les quatre autres personnes de notre groupe cela s'est moins bien passé. L'un des membre est tombé depuis le deuxième étage et s'est fracturé le bassin. Quelques autres ont eu des brûlures aux mains pour avoir glissé un peu trop vite le long de la corde qui leur a permis d'évacuer par la fenêtre.

Un membre d'une expédition allemande a lui aussi sauté d'une fenêtre depuis la façade arrière du refuge qui est moins haute. Il s'est légèrement blessé à la jambe.

Après quelques minutes d'attente, incrédules devant cet évènement, nous sommes tous descendus par le glacier jusqu'au téléphérique. Certains n'avaient pas même eu le temps de mettre leur chaussures, d'autres étaient très peu couverts et souffraient du froid. Notre blessé grave était évacué sur une civière. La plupart des groupes étaient hors du refuge au moment des faits. Beaucoup étaient entrain de faire une marche d'acclimatation, certains revenaient du sommet. Tous ces groupes ont perdu beaucoup d'affaires personnelles, passeport, argent, et tout ce qu'ils avaient laissé au refuge. Quant-à nous nous avions presque tous pensé à nos papiers, le guide avait heureusement sauvé les billets d'avion, mais nous avons perdu beaucoup de matériel de montagne, crampons, piolets, vestes, sac de couchage, sac à dos, appareils photos etc.

Nous sommes retournés au refuge deux jours plus tard. Il était entièrement détruit.

photos de l'incendie

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