ARARAT 5167m - DAMAVAND 5671m - Du 24 juillet au 13 août 2006


 

Ascension du DAMAVAND - 5671m
par la voie nord-est à partir du village de Nandal

 


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Dimanche 6 août 2006.

Ce matin l'ARARAT et le "petit Ararat" resplendissent sur fond de ciel bleu. Ah, si nous avions eu ce beau temps-là le jour de notre ascension...

Une trentaine de kilomètres de route et nous voici à la frontière iranienne, à Gürbulak - Bazargan Border. Le véhicule de Ceven Travel nous dépose devant la grosse grille métallique qui barre la route. Nous n'avons heureusement pas à nous mettre dans la file des camions qui se prolonge sur plusieurs centaines de mètres.

C'est ici que commence l'obligation de mettre le foulard, pour nous les filles...

Redevenus piétons et affublés de nos bagages, nous passons la grille et pénétrons dans une sorte de no man's land. Il faut longer à pied cette portion de route d'environ un kilomètre, jusqu'au poste frontière iranien où nous attendent également grilles et postes de filtrage. Ca me rappelle vaguement le "couloir de Berlin" du temps ou le triste mur séparait encore les deux Allemagne.

Deux personnels en uniforme nous accueillent avec le sourire et un chaleureux "Welcome in Iran !". Magnifique ! Connaissez-vous quelqu'un à qui nos douaniers européens auraient souhaité la bienvenue avec un "Welcome in France" ou "Welcome in Germany" ? Jamais de la vie.

Les formalités sont rapides, tous nos passeports étant en règle avec un visa obtenu dans nos ambassades avant de partir. Sur les conseils de notre chef de groupe Olaf nous changeons environ 40 euros par personne. Et voilà c'est fait, nous sommes de l'autre côté de cette frontière un peu mythique pour nous occidentaux, lecteurs de Marco Polo et autres écrivains-voyageurs de la route de la soie.

Notre accompagnateur iranien Meeran nous a rejoint. Il faut d'abord prendre un bus spécial pour descendre de quelques mètres vers la ville et sortir de la zone frontière. Puis nous embarquons dans le véhicule fourni par l'agence locale, l'incontournable Caravan Sahra.

Dès les premiers kilomètres nous sommes frappés par les nombreuses cultures qui verdissent le paysage par ailleurs désertique. Plantations d'arbres fruitiers, champs de tournesol, etc., les Iraniens se débrouillent mieux que les Kurdes de la Turquie d'à-côté, dirait-on. Grâce à leur talents en matière d'irrigation ils ont fait de ce désert une région riche en cultures, alors que dans le même type de paysages en Turquie nous n'avons rien vu de tel.

Après à peine une heure de port de ce p..... de foulard j'en ai déjà par-dessus la tête de cette obligation. Certes je le savais avant de venir qu'il me faudrait me soumettre à cette connerie, mais je pensais que "ce ne serait pas si grave". Quelle erreur ! Non seulement "c'est grave" mais ça m'est carrément intolérable et je me jure aussitôt de ne plus jamais mettre les pieds dans un pays qui impose le voile à ses touristes féminines. Et dire qu'on en est toujours là au 21è siècle...

Arrivée à Tabriz, installation à l'hôtel, premier contact avec une grande ville iranienne. En mettant le pied dehors, deux choses me frappent avant tout. Les étrangers comme nous attirent immédiatement la curiosité, et les Iraniens ne se gênent pas pour nous regarder les yeux écarquillés. La deuxième chose radicalement différente de chez nous est leur mode de conduite. A la première grande artère que nous voulons traverser, nous nous heurtons à un flot ininterrompu de voitures sur quatre voies. Bien que postés à un passage pour piétons, aucun véhicule ne fait mine de prendre en compte notre désir évident de traverser. Notre guide Meeran connaît bien ce désarrois chez les touristes qui découvrent l'Iran et prend les choses en main. Il s'engage sans hésiter sur la chaussée et nous dit de le suivre. Et en effet les voitures s'arrêtent à notre passage et redémarrent immédiatement derrière nous. C'est tout de même étrange comme impression et on ne m'enlèvera pas de l'idée que cette façon de faire est dangereuse. Je serais curieuse de connaître leurs statistiques d'accidents.

De même quand une voiture veut tourner dans une rue à gauche, c.à.d. qu'elle doit traverser le flot de voitures venant en sens inverse, il faut partir de l'idée qu'aucune de ces voitures ne s'arrêtera spontanément, comme ça se fait couramment chez nous, pour la laisser passer. Donc elle n'a qu'une solution, c'est de forcer le passage, c'est seulement ainsi que celles venant d'en face finirons par s'arrêter. C'est fort déroutant et je me dis que si l'on devait conduire soi-même ici il faudrait apprendre de nouvelles règles, sinon on n'arriverait même pas à accéder sur la chaussée en sortant de son garage !

Enfin, troisième motif d'étonnement pour nous Français : une grande partie du parc automobile iranien est composé de voitures françaises, et c'est Peugeot qui se taille la part du lion.

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  Nous visitons la Mosquée Bleue de Tabriz qui a fait l'objet d'une impressionnante reconstruction après avoir été réduite en ruines par un tremblement de terre 1778. Nous terminons la journée dans le parc Schah Goli où les Iraniens nous dévisagent comme si nous étions des extraterrestres.

Lundi 7 août 2006. Vol Tabriz - Teheran sur Iran Air, et poursuite du trajet vers Nandal en bus. Il fait beau, le paysage est magnifique et me rappelle la vallée Hunza dans le nord du Pakistan. Les montagnes sont arides en cette saison et la couleur brune domine, tandis que la moindre agglomération se signale par un bel écrin verdoyant. Au détour d'un virage le Damavand se dévoile d'un seul coup et nous toise de son impressionnant dénivelé.

Le Damavand vu de Nandal
DAMAVAND - 5671m


Le DAMAVAND est un volcan situé dans le massif de l'Alborz au nord de l'Iran dont il est le point culminant. Il y a de multiples voies qui mènent au sommet, la plus connue étant la voie sud. Mais comme notre voyagiste se targue d'éviter les chemins battus, il en a choisi une autre. Nous ferons la voie nord-est, au départ du village de Nandal. C'est la plus longue parait-il.


A Nandal nous découvrons la "chambre d'hôte" iranienne. Il s'agit non pas de la traditionnelle chambre à deux lits que l'on a l'habitude de trouver dans tous les hôtels du monde, mais d'une pièce vide, sans aucun meuble, avec simplement un grand tapis qui fait toute la surface. A 6 ou 7 personnes par pièce, avec l'inévitable étalage des bagages de chacun, vous voyez ce que ça peut donner ! Et il faut également y cuisiner et y prendre son repas. J'vous dis pas l'bazar... En désespoir de cause certains d'entre nous préférerons dormir dehors sur le palier, pour avoir plus d'air.

Ah j'oubliais, il y a une bonne nouvelle : à partir de maintenant les femmes sont dispensées du voile. Je parle de nous, les femmes touristes, pas des femmes locales.

Farzad, un deuxième guide iranien, nous a rejoint, ils seront donc à deux pour nous accompagner sur la montagne. Meeran parle un anglais parfait mais a le fâcheux travers de ne s'adresser qu'à notre chef de groupe Olaf. Il lui raconte plein de choses et l'accapare littéralement, mais nous les clients nous comptons pour du beurre. Un peu dépités par ce comportement, à l'opposé du chaleureux accueil iranien que l'on nous avait vanté, nous nous détournons progressivement de lui. Jusqu'à la fin du séjour nous n'avons pas réussi à savoir si c'est-là une attitude normale vis à vis des étrangers occidentaux ou si c'est simplement son tempérament. Farzad quant à lui, je vous en reparlerai...

Initiation au narguilé
Initiation au narguilé

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Mardi 8 août 2006. Une grosse journée nous attend. Il y a 2100m de dénivelé à faire à pied, de Nandal situé à 2200m jusqu'au refuge de Takht-e-Fereydun à 4300m. Ca ne tombe pas bien en ce qui me concerne, car mon système digestif a justement choisi aujourd'hui pour se montrer récalcitrant. J'avais échappé à tout problème jusqu'ici, alors que la plupart des participants étaient passés "à la casserole" dans les jours précédents, mais aujourd'hui c'est à mon tour de monopoliser les toilettes et la boîte d'Imodium.

Dès le matin il commence à faire vraiment chaud et les premières heures de marche ne tardent pas à se transformer en séance de sauna, ...sans les douches froides. Pas un centimètre carré d'ombre à l'horizon. Après 1000m d'ascension nous déplorons le constat de n'en être qu'à la moitié, et l'idée d'avoir à enchaîner le sommet demain nous paraît une gageure.

Dans l'après-midi le ciel devient laiteux et la chaleur en est heureusement atténuée. Nous étions prévenus que l'étape serait harassante et avions emmené au moins 2 à 2,5 litres de boisson par personne. Finalement, après de longues heures de persévérance dans l'effort, le refuge de Takht-e-Fereydun fini par pointer son nez.

Olaf nous confesse que Farzad n'a cessé de lui tenir des propos décourageants quant à nos chances de rallier le sommet demain. Et il n'y va pas avec le dos de la cuillère : "Ton groupe est trop lent, ils sont trop vieux, jamais ils n'arriverons en-haut, etc". Certes la moyenne d'âge du groupe est plus près de cinquante ans que de quarante, mais nous sommes loin d'être des débutants et n'avons pas de leçon à recevoir de ce blanc-bec arrogant.

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Installation du camp près du refuge Takht-e-Fereydun Refuge Takht-e-Fereydun

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Dès notre arrivée au refuge on constate que nos deux guides iraniens ne s'entendent pas très bien. Farzad se cache dans son sac de couchage et laisse faire tout le boulot de la cuisine à Meeran. Hier dans le bus ils nous avaient joué la grande amitié avec de grandes accolades et des rigolades bruyantes, mais aujourd'hui l'ambiance a changé. Après tout, ça ne nous regarde pas. Les membres du groupe quant à eux s'entendent très bien et nous sommes tous solidaires. Les derniers sont heureux de trouver leurs tentes déjà montées par les premiers arrivés. Le repas du soir est pris dans le refuge qui n'est pas trop peuplé heureusement, de sorte que quelques personnes de notre groupe dont moi, peuvent également y dormir.

Les randonneurs Iraniens qui sont au camp sont adorables. Tous sont friands d'échanger quelques amabilités et surtout de faire des photos avec nous. Un couple de Teheran, dont la femme porte une casquette et non le foulard, me fait goûter à la cuisine iranienne faite maison. Le mari me parle du Damavand qu'il connaît bien pour l'avoir déjà fait par quatre voies différentes. Ils me proposent de venir chez eux à Teheran mais le timing de notre voyage ne me permettra pas d'honorer cette invitation.

Mercredi 9 août 2006. Levé à 4h. Départ à 5h30, il fait jour. La météo est calme mais le sommet est couvert. Nous ne sommes que cinq clients à tenter l'ascension, il y en trois qui préfèrent rester au refuge, anéantis par l'étape marathon d'hier.

Le chemin est bien visible et aisé. Il consiste à suivre une crête qui borde le glacier Yakhar. Ce dernier est très raide, presque vertical par endroits, en tout cas très impressionnant. Il y a une dizaine de personnes sur le sentier devant nous, que nous rattrapons et reperdons de vue selon les pauses de chacun. Nous faisons des haltes régulières pour boire et grignoter quelques vivres de course. Tout le monde va bien et nous sommes optimistes quant à nos chances de réussite.

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)

Sur la voie nord-est
Sur la voie nord-est


Au loin le refuge Takht-e-Fereydun

Nous frisons les 5400m à présent et la température descend sous zéro. Lors d'une pause nous constatons que le guide Farzad est en train de grelotter. Aha, Monsieur Farzad commence à comprendre que notre groupe de trop-vieux trop-lents va bel et bien aller au sommet et qu'il s'est planté dans son plan de farniente. Je le soupçonne en effet d'avoir tabler sur le fait que nous rebrousserions chemin assez rapidement et du coup il ne s'est pas équipé correctement. Ca lui aurait fait un jour de repos payé au prix d'un jour d'effort, mais c'est loupé. Nous lui dénichons une veste Gore-Tex en rab afin qu'il puisse poursuivre sans trop souffrir du froid.

Nous arrivons à un passage qu'il nous avait décrit comme étant très dangereux, "very very steep"* avait-il répété à qui voulait l'entendre, en nous décrivant à grands gestes qu'en cas de glissade nous finirions en bouillie dans la vallée. Nous y voilà donc, et croyez-moi, il n'y a rien de "steep" du tout. Il faut passer sur quelques dizaines de mètres de glacier, mais il y a des marches grosses comme des baignoires et il n'y a absolument rien à craindre. Il n'y a même pas besoin de mettre les crampons. RI-DI-CUL ! Il s'est carrément payé notre tête. Mais nous nous vengerons en le laissant repartir chez lui sans un centime, pardon, sans un rial de pourboire.

*very steep : très raide

Au sommet du Damavand
Heinrich, Petra, Brigitte, moi et Jürgen au sommet du Damavand - 09/08/2006

A 10h45 nous arrivons au but. Berg Heil !!! Nous avons mis environ cinq heures. Pas si mal pour notre bande de "trop lents". La température est autour de -10°C, le nuage qui recouvre le sommet ne s'est pas encore disloqué et nous sommes dans la brume malheureusement. De temps en temps elle se lève un peu, de sorte que nous voyons quand même le cratère dans son entier.

Après avoir joyeusement fêté notre joie avec tous les Iraniens qui se trouvent au sommet en même temps que nous, nous prenons le temps de visiter les alentours. Nous faisons le tour du cratère et mettons le nez dans les gros trous dont s'échappe une âcre odeur de soufre. Il y a un mini glacier dans le cratère, qui est sculpté en pénitents comme les glaciers en Amérique du sud. Le point culminant lui-même est composé en partie de gros blocs de soufre. Le terrain est jaune sur de grandes surfaces.

Autour du cratère

Ambience souffrée !

Autour du cratère sommital, ça sent le soufre !

Malheureusement nous ne verrons que furtivement les montagnes alentours car la brume persiste pendant toute l'heure que nous passons sur le cratère sommital. Tant pis, il faut se résigner à redescendre. Le retour se passe sans encombre, mais le chemin nous paraît bien long. Nous croisons un certain nombre de gens sur notre voie et distinguons aussi sur notre gauche quelques personnes qui ont choisi la voie nord-nord-est (Espeleh Flank).

De retour au refuge nous constatons, un peu dépités, que le sommet s'est dégagé entre-temps. On voit très bien les fumeroles qui s'échappent du volcan se découper sur le ciel bleu.

Quelques bouquetins se promènent sur les pentes au-dessus du refuge, pourtant il n'y a pas un brin de végétation là-haut.

Un grand groupe d'étudiants iraniens est arrivé et il y a des tentes partout. Ils ont la très bonne idée de ramasser tous les déchets qu'ils trouvent autour du refuge et les brûlent.

Jeudi 10 août 2006. Pour redescendre dans la vallée nous prenons un autre chemin que lors de la montée. Au lieu de repartir vers Nandal, nous descendons vers Gazaneh où notre bus nous récupère. Nous passerons la nuit à Larijan, village privilégié, et donc fort fréquenté, par la présence de sources d'eaux chaudes. Tellement chaudes qu'il est difficile d'y tenir plus que quelques minutes.

De retour à Teheran, les jours suivants se passent à nouveau "sous le foulard" pour moi et les femmes du groupe. Du coup je n'ai aucune envie de m'étendre sur les activités effectuées sous ce camouflage intenable par la chaleur estivale iranienne. Je n'attendais qu'une chose : monter dans l'avion pour Istanboul pour me débarasser de cet objet encombrant. J'ai d'ailleurs observé à cette occasion que toutes les femmes dans l'avion en ont profité pour "tomber le voile", musulmanes ou pas !

Sachez tout de même que nous avons encore visité deux musées à Teheran, que j'ai trouvé très interessants : le Azarbaijan Museum et le musée du tapis.

TEHERAN


Un mot de conclusion

Si vous avez lu tout ce récit vous aurez compris que mon enthousiasme pour l'Iran a été grandement tempéré par l'obligation de porter le foulard. Mais sachez que nous avons tous été agréablement surpris par ce pays.

Beaucoup d'Iraniens nous ont abordés spontanément pour nous parler. Une de leurs préoccupations est de nous informer qu'ils ne sont pas en phase avec leur gouvernement actuel. Ils semblent désolés et gênés de l'image dont souffre leur pays dans nos médias et espèrent que ça va changer un jour. Non seulement ils n'ont aucune hostilité contre les étrangers occidentaux, mais au contraire, on dirait qu'ils cherchent leur contact.

Sous le voile les femmes iraniennes m'ont semblé jouir d'une plus grande liberté que les femmes turques, hormis à Istanboul qui est une ville moderne. En Iran on voit beaucoup de femmes dans la rue, elles se déplacent sans les hommes, elles font leur courses, vont à l'université, ou au travail, promènent leurs enfants, alors que dans les rues de Dogubayazit (Turquie) je n'ai vu que très peu de femmes ni même des petites filles. Mais il est vrai aussi qu'en Turquie le voile n'est pas obligatoire, ce qui est un avantage primordial à mes yeux. Bon, ne prenez pas ce que j'écris pour des vérités établies, ce ne sont que mes impressions personnelles suite à ces quelques jours de présence dans ces pays.

Quoiqu'il en soit, en Turquie comme en Iran l'accueil des gens "ordinaires" a été plein de gentillesse, et je m'y suis sentie en parfaite sécurité. Je me plais à penser que ces deux grands pays ont un bel avenir devant eux. J'espère ne pas pêcher par excès d'optimisme.

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toulaho@wanadoo.fr