Jeudi 21 juillet 1994.
De retour au camp de base, nous sympathisons immédiatement avec un groupe de Suisses qui vient d'arriver. Six personnes dont un guide. Nous dînons en leur compagnie.

 

Du vendredi 22 au dimanche 24 juillet 1994.
Montée au camp 1 où je passe deux nuits consécutives pour cause d'encombrement dans les camps supérieurs. Tout le monde dort à tour de rôle au camp 2 et mon tour n'est pas encore venu. Mais j'en ai marre d'attendre et décide de redescendre au camp de base. Il neige deux nuits de suite.

 

Dimanche 24 juillet 1994.
Floh et Léo, le couple de Suisses, montent en peaux de phoque au camp 2, dans l'intention de poursuivre vers le sommet dans les prochains jours. Le couple d'Autrichiens a installé le camp 3 mais se sent très fatigué. Ce sont eux qui ont fait le plus gros du travail depuis le début. La neige fraîchement tombée a encore alourdi leur tâche. Les Japonais travaillent aussi très durement à l'installation de leur camp 3.

Lundi 25 juillet 1994.
Floh et Léo montent au camp 3 par grand beau temps. Tellement beau que Floh va contracter des brûlures du deuxième degré sur le cou. Les Autrichiens ont passé une autre nuit au camp 3 et n'ont pas récupéré de leurs efforts. Ils estiment plus prudent de redescendre au camp de base pour reprendre des forces.

Mardi 26 juillet 1994.
La gestion des trois camps d'altitude devient un vrai casse-tête, car maintenant tout le monde est acclimaté et désire faire une tentative pour le sommet. Mais le nombre de tentes dans chaque camp est limité et il faut y aller à tour de rôle. De plus nous n'avons que trois radios pour quatre camps et certaines d'entre elles montrent des signes de fatigue. Bref, la communication est sporadique et il n'est pas facile de coordonner les différentes équipes entre elles.

Brigitte et moi sommes les seules à ne pas avoir été au camp 2. C'est donc à nous que revient la priorité. Pour des raisons stratégiques nous décidons de monter avec Peter (notre leader) d'une traite du camp de base au camp 2. Une idée qui en surprendra plus d'un dans le groupe.

Courageusement nous nous mettons en route tous les trois, lourdement chargés. Départ à 7h45. Trois heures jusqu'au camp 1 où nous faisons une pause. Il faut manger et boire abondamment et refaire les sacs. Beau temps.

Au-dessus du camp 1 nous progressons sur le glacier. Il faut s'encorder et mettre les crampons. Peter est à ski et ne s'encorde pas avec nous. Il avance plus vite et montre quelque impatience. Je lui suggère de continuer à son rythme sans nous attendre. Le terrain n'est pas dangereux et sa présence ne nous est pas indispensable. Il s'exécute et s'éloigne progressivement, non sans nous surveiller du coin de l'oeil.

 

Vers 5800m, entre camp 1 et 2

Attention aux crevasses !

Nous sommes en plein après-midi et la neige est de plus en plus molle. Il faut tracer de plus en plus profond. Epuisant. Les jours précédents nous étions pleins de compassion pour les pauvres Japonais, et nous voici pliés comme eux sous nos fardeaux, progressant comme des limaces. Dans ces moments-là je peste immanquablement contre l'idée saugrenue de m'être engagée une fois de plus dans une expé. Pourquoi tant de souffrances ? Peut-on vraiment y trouver un plaisir ? Pourquoi ai-je encore choisi un sommet où il n'y a pas de porteurs d'altitude ? ...Mais peu importe, c'est là ma Nième expédition et je connais ces interrogations et ces moments de doute. Je sais que dès que l'effort s'arrête, à l'arrivée au camp, tout rentre dans l'ordre et l'envie de monter au sommet reprend le dessus.

Vers 21h nous arrivons enfin au camp 2, au terme d'une journée harassante de 11h et de 1900m de dénivelée de 4400 à 6300m.

Lors de la montée nous avions croisé les Suisses descendant du camp 3 à ski. Ils ont beaucoup souffert hier et ont passé une nuit épouvantable, Floh souffrant particulièrement de ses brûlures du soleil. Léo estimait par ailleurs que faire la trace dans la neige fraîche serait trop difficile. Aussi ont-ils renoncé à tenter le sommet. Peter est un peu déçu de cette décision et espère qu'au camp de base ils se laisseront regagner par le désir d'une autre tentative.

 

Il est près de 22H00 lorsque Peter s'élance seul vers le sommet. Nous le suivons des yeux dans les lueurs dorées d'un magnifique coucher de soleil.

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